Bill Gates est persuadé que l'IA peut remplacer l'aide humanitaire... mais comment au juste?
La fondation Gates a choisi de s'associer avec les géants de l'intelligence artificielle pour pallier au manque de moyens des organisations humanitaires de santé..
L'aide humanitaire mondiale traverse une période difficile en raison de réductions budgétaires majeures, notamment sous l'administration Trump aux États-Unis. Ces coupes ont entraîné la fermeture de milliers de dispensaires et cliniques, ainsi que de centaines de milliers d'écoles dans des pays en développement. Les conséquences sont graves : manque d'électricité, de fournitures médicales et de personnel soignant. En 2025, la fondation Gates a publié un rapport indiquant une augmentation de la mortalité infantile, une première depuis le début du XXIe siècle. Ces difficultés illustrent un affaiblissement des systèmes de santé et d'éducation dans ces régions, où les besoins restent immenses malgré les crises.
Bill Gates, cofondateur de Microsoft et de la fondation Gates, estime que l'intelligence artificielle (IA) peut jouer un rôle clé pour compenser ces manques. En 2026, sa fondation a annoncé un investissement d'un milliard de dollars (soit environ 870 millions d'euros) dans des projets utilisant l'IA pour améliorer la santé mondiale et l'éducation. L'objectif est d'optimiser la gestion de l'agriculture, les diagnostics médicaux et la qualité de l'enseignement. Gates souligne que dans des pays pauvres, où les infrastructures sanitaires sont insuffisantes et le personnel médical rare, l'IA pourrait élargir l'accès à des soins de qualité. Par exemple, dans des cliniques kényanes, l'IA a permis d'améliorer la précision des diagnostics de 16 %.
Malgré ces avancées, l'IA ne peut pas encore remplacer certaines actions humaines essentielles. Elle ne sait pas administrer des vaccins, assister un accouchement ou gérer une salle de classe. Son rôle serait plutôt d'assister le personnel médical et éducatif en automatisant des tâches répétitives ou en fournissant des analyses rapides. Par exemple, elle pourrait aider à trier des radiographies ou à adapter des cours en fonction des besoins des élèves. Cependant, son adoption reste limitée dans les pays en développement, où une grande partie de la population n'a jamais utilisé d'outils comme ChatGPT, un système d'IA conversationnelle développé par OpenAI.
Les États-Unis, sous l'administration Trump, ont également adopté cette approche technologique. En 2025, Washington a lancé un partenariat de 150 millions de dollars (environ 131 millions d'euros) avec l'entreprise Zipline, spécialisée dans les drones, pour transporter des fournitures médicales dans des pays en développement. Selon un journaliste de NPR, ces drones sauvent déjà des vies dans des régions où les routes sont en mauvais état, rendant les livraisons traditionnelles impossibles. Ces initiatives montrent une volonté de combiner innovation technologique et aide humanitaire, mais elles dépendent aussi des infrastructures locales.
L'efficacité de l'IA dans l'aide humanitaire dépend de plusieurs facteurs. Enoh Ebong, présidente du département du développement mondial au Centre d'études internationales et stratégiques, souligne que sans infrastructures de base comme les routes, l'énergie ou l'électricité, ces solutions technologiques resteront inefficaces. Par exemple, certaines communautés en Afrique subsaharienne ont perdu l'accès à Internet après des coupes budgétaires, bloquant l'utilisation d'outils numériques. Mark Suzman, directeur général de la fondation Gates, rappelle que les financements traditionnels en éducation et santé restent indispensables pour une croissance économique durable. L'IA doit compléter ces efforts, et non les remplacer.

