Violences sexuelles : enquêter sur les mineurs auteurs d’inceste
La loi intégrale pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles est toujours en discussion au Parlement, et plusieurs mesures portent sur la protection des mineurs victimes de violences sexuelles. Mais que sait-on des mineurs qui commettent ces violences, notamment au sein des familles ?.
En octobre 2026, la France est en pleine discussion parlementaire pour adopter une loi intégrale visant à lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Parmi les mesures proposées, certaines visent spécifiquement la protection des mineurs victimes de ces violences. Cependant, peu d'attention est portée aux mineurs auteurs de violences sexuelles, notamment dans le cadre familial où l'inceste est commis. Cette loi s'inscrit dans un contexte où les violences sexuelles restent un enjeu majeur de santé publique et de justice sociale en France. Les débats parlementaires reflètent une prise de conscience progressive de la nécessité de protéger les victimes, mais aussi de comprendre les mécanismes à l'origine des violences pour mieux les prévenir.
Les mineurs auteurs d'inceste représentent un phénomène peu étudié et souvent ignoré dans le débat public. Contrairement aux idées reçues, ces mineurs ne sont pas toujours des adolescents en crise ou des individus isolés. Leur situation s'inscrit souvent dans des dynamiques familiales complexes, où l'inceste peut être à la fois un symptôme et un facteur de dysfonctionnement. Corentin Legras, doctorant en anthropologie à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), a consacré sa thèse à ce sujet, intitulée Des familles à l’épreuve de l’inceste: trajectoires institutionnelles des mineurs auteurs de violences incestueuses et (re)configurations des liens familiaux. Ses travaux montrent que ces mineurs évoluent dans des environnements où les normes familiales, les secrets et les rapports de pouvoir jouent un rôle central.
L'anthropologie est une discipline des sciences sociales qui étudie les cultures, les sociétés et les comportements humains. Dans le cadre de cette recherche, elle permet d'analyser les trajectoires institutionnelles des mineurs auteurs d'inceste, c'est-à-dire leur parcours au sein des institutions (écoles, services sociaux, justice, etc.) et leur interaction avec les acteurs qui les entourent. Corentin Legras explique que ces mineurs sont souvent pris dans un système où les institutions peinent à les accompagner de manière adaptée. Leur prise en charge nécessite une approche globale, qui tienne compte non seulement de leur acte, mais aussi de leur histoire familiale et de leur environnement social. Cette perspective permet de mieux comprendre pourquoi certains mineurs reproduisent des schémas violents, tout en évitant de les stigmatiser systématiquement.
Les institutions chargées de la protection de l'enfance et de la justice pénale font face à des défis majeurs dans la prise en charge des mineurs auteurs de violences incestueuses. D'une part, ces mineurs sont à la fois victimes et auteurs de violences, ce qui complexifie leur prise en charge. D'autre part, les professionnels (éducateurs, juges, psychologues) manquent souvent de formations spécifiques pour aborder ces situations délicates. Corentin Legras souligne que les institutions tendent à adopter des réponses cloisonnées, où la dimension judiciaire prime sur l'accompagnement psychologique ou social. Pourtant, une approche pluridisciplinaire, associant justice, éducation et santé mentale, serait plus adaptée pour briser le cycle de la violence.
L'inceste commis par un mineur s'inscrit presque toujours dans un contexte familial dysfonctionnel. Les dynamiques de pouvoir, les secrets et les tabous jouent un rôle clé dans la reproduction de ces violences. Corentin Legras met en lumière le fait que ces familles sont souvent marquées par des *reconfigurations des liens familiaux*, où les rôles traditionnels (parent/enfant, frère/sœur) sont brouillés. Ces situations peuvent être aggravées par des facteurs externes, comme la précarité économique, l'isolement social ou des antécédents de violences dans la famille. Comprendre ces mécanismes est essentiel pour prévenir les violences incestueuses et protéger à la fois les victimes et les mineurs auteurs, qui sont eux-mêmes souvent des victimes indirectes de leur environnement.

