RAMQ : un couple d’immigrants sans couverture quelques semaines avant un accouchement
Noémie et Jérémie font face à d'importants retards dans le renouvellement de leurs permis de travail..
Noémie et Jérémie, un couple français installé au Québec depuis trois ans, se retrouvent dans une situation critique à quelques semaines de l’accouchement de leur deuxième enfant. Jérémie, recruté pour un poste en informatique en demande, a vu son permis de travail expirer en juin 2026 en raison de retards administratifs. Ce document est essentiel pour maintenir leur couverture santé via la RAMQ (Régie d’assurance maladie du Québec), le système public de santé québécois. Sans ce permis, le couple perd aussi son droit de travailler, plongeant la famille dans une précarité financière. Les frais d’un accouchement sans couverture peuvent atteindre entre 11 500 $ et 20 000 $, selon le CHU de Québec, une somme qui pourrait les endetter durablement. Le couple, qui a économisé pour s’installer durablement au Québec, voit ses projets compromis par cette situation.
La situation du couple s’explique par des retards dans le traitement de leur Étude d’impact sur le marché du travail (EIMT), un document obligatoire pour renouveler un permis de travail au Canada. Jérémie avait entamé les démarches dès décembre 2025, mais l’EIMT n’a été délivrée qu’en juillet 2026, après l’expiration de son permis. Pendant ce temps, le gouvernement fédéral avait indiqué au couple qu’il pouvait continuer à travailler en attendant le document, mais cette autorisation a été révoquée le 19 juin 2026. Les délais pour obtenir une EIMT sont passés de 1 à 2 mois en 2023 à 4 à 6 mois en 2026, selon l’avocat Maxime Lapointe, qui évoque une complexification volontaire des procédures. Cette zone grise administrative prive le couple de couverture santé et de revenus, mettant en péril leur stabilité.
Le patron de Jérémie, Sylvain Cloutier, souligne l’impact de cette situation sur son entreprise, Ezo. Jérémie était responsable d’un projet majeur avec un client important, et son absence pourrait entraîner la perte de ce contrat, avec des répercussions financières pour l’entreprise. De plus, son rôle de gestionnaire laisse présager un déséquilibre pour les dix employés sous sa supervision, qui devraient assumer ses responsabilités. Cloutier critique cette situation, rappelant que les travailleurs étrangers recrutés à l’international viennent souvent avec un projet de vie et d’installation durable au Québec. Le couple, lui, voit ses économies fondre, entre perte de salaire et frais médicaux potentiels, sans possibilité de retour en France en raison de la grossesse.
Face à cette impasse, le couple se tourne vers des maisons de naissance, une alternative pour éviter les frais exorbitants d’un accouchement à l’hôpital. Cependant, cette solution ne garantit pas une couverture financière complète. Jérémie et Noémie espèrent un dénouement avant la naissance prévue en août 2026, mais Ottawa refuse pour l’instant de rétablir leur statut malgré la réception de l’EIMT. L’avocat Maxime Lapointe propose une mesure simple pour éviter ce genre de situations : maintenir la couverture santé provinciale (RAMQ) pendant toute la durée de l’analyse des dossiers d’immigration. Cela protégerait les travailleurs en attendant une décision administrative. Le couple reçoit un soutien de leur député et de leur communauté, mais l’incertitude persiste.
Jérémie exprime sa colère face à cette situation, estimant que les autorités mettent en danger sa femme et son enfant à naître. Il dénonce une zone grise où ni le gouvernement fédéral ni provincial n’assument la responsabilité de leur couverture santé. Son avocat, Maxime Lapointe, décrit un système où les immigrants subissent un stress psychologique intense, avec des consultations où les clients pleurent en raison de l’attente interminable. Lapointe souligne que les délais actuels ne sont pas justifiés par un volume accru de dossiers, mais bien par une lenteur administrative volontaire. Le couple, bien que découragé, garde l’espoir d’un dénouement avant l’accouchement, mais chaque jour ajoute à leur angoisse.

