Hilma af Klint par Véronique Le Normand : "Tout est couleur, tout est mouvement
Le dernier roman de Véronique Le Normand, "Femme oiseau étoile, le roman d'Hilma", retrace à la première personne la vie de l'artiste suédoise Hilma af Klint. Il paraît chez Actes Sud le 6 mai 2026 en même temps qu'un album jeunesse, "Le Carnet d'Hilma", chez Hélium et RmnÉditions..
Hilma af Klint (1862-1944) est une artiste suédoise considérée comme une pionnière de l’art abstrait, un mouvement artistique qui abandonne la représentation figurative du réel pour explorer des formes et des couleurs pures. Née dans une famille aristocratique, elle a refusé les normes de son époque : elle n’a jamais accepté le mariage, était végétarienne, lesbienne et pratiquait le spiritisme. Ces choix la distinguent dans l’Europe conservatrice de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Son œuvre, souvent méconnue, précède celle d’artistes comme Kandinsky, Mondrian ou Malevitch, qui sont pourtant reconnus comme les fondateurs de l’abstraction. Hilma af Klint a commencé à peindre de manière abstraite dès 1906, soit plusieurs années avant ces figures masculines. Son originalité réside dans son approche spirituelle et symbolique, où les formes et les couleurs deviennent des outils pour explorer des questions universelles comme la dualité entre visible et invisible, ou entre masculin et féminin.
Hilma af Klint s’inspirait du spiritisme, une pratique qui consiste à communiquer avec des esprits ou des guides spirituels. Dès 1896, elle rejoint un groupe d’amies appelé De Fem (les Cinq), avec qui elle organise des séances de spiritisme. Selon elle, ces expériences lui permettaient de recevoir des messages et des instructions de la part de guides spirituels, comme Amaliel, qui l’a chargée en 1905 de peindre une série de tableaux destinés à décorer un grand temple. Ces œuvres, réalisées entre 1906 et 1915, forment une série de 193 tableaux. Le spiritisme jouait un rôle central dans sa création artistique : les formes et les couleurs de ses peintures n’étaient pas choisies au hasard, mais étaient censées incarner des vibrations et des énergies invisibles. Cette dimension spirituelle a marqué une rupture avec les mouvements artistiques de son époque, souvent centrés sur des préoccupations purement esthétiques ou politiques.
Hilma af Klint a développé une forme d’abstraction radicale pour son époque, en utilisant des motifs comme des fleurs, des spirales, des cercles, des chiffres et des symboles organisés en réseaux complexes. Ses tableaux, souvent de très grande taille (jusqu’à 3 mètres sur 2), explorent des thèmes comme la botanique, la sexualité ou la spiritualité. Par exemple, sa série Les Dix plus Grands (1907) ou Cygne n°1 (1914-1915) illustrent cette approche unique. Contrairement à d’autres artistes abstraits, elle ne cherchait pas à représenter le monde visible, mais à traduire des idées et des émotions à travers des formes et des couleurs. Ses œuvres ont été cachées pendant vingt ans après sa mort, sur sa demande, avant d’être redécouvertes. Leur redécouverte a permis de réévaluer l’histoire de l’art moderne, en montrant que l’abstraction ne naît pas seulement du cubisme ou des avant-gardes masculines, mais aussi de pratiques spirituelles et de contributions féminines.
Malgré son génie, Hilma af Klint est restée dans l’ombre de l’histoire de l’art pendant des décennies. Ses œuvres n’ont été exposées publiquement qu’à partir des années 1980, soit près de 40 ans après sa mort. Cette invisibilité s’explique en partie par le fait que l’historiographie de l’art moderne a longtemps été dominée par des figures masculines comme Kandinsky ou Mondrian, considérés comme les « pères » de l’abstraction. De plus, son lien avec le spiritisme a pu être perçu comme un frein à sa reconnaissance, car il ne correspondait pas aux canons de l’art « pur » ou intellectuel. Aujourd’hui, des expositions comme celle organisée au Grand Palais à Paris en 2026, intitulée Hilma af Klint, les Peintures du Temple (1906-1915), contribuent à réhabiliter son héritage. Cette exposition, dirigée par Pascal Rousseau et soutenue par France Culture, met en lumière son rôle clé dans l’émergence de l’abstraction et sa contribution à une vision plus inclusive de l’histoire de l’art.
Pour faire découvrir Hilma af Klint au grand public, Véronique Le Normand a publié deux ouvrages en mai 2026 : le roman *Femme oiseau étoile, le roman d’Hilma* et l’album jeunesse *Le Carnet d’Hilma*. Le roman adopte la forme d’un récit fictif à la première personne, permettant au lecteur de s’immerger dans la vie et la pensée de l’artiste. Véronique Le Normand y explore notamment son rapport au spiritisme, à la création artistique et à sa condition de femme dans une société conservatrice. L’album jeunesse, quant à lui, s’adresse aux enfants et propose une introduction accessible à son univers, en mettant en avant ses motifs colorés et symboliques. Ces deux publications accompagnent l’exposition du Grand Palais, qui se tient jusqu’au 30 août 2026. Elles visent à rendre son œuvre plus accessible et à sensibiliser le public à son importance dans l’histoire de l’art moderne.

