L’afrobeats, cette étiquette qui “masque la diversité” de la musique africaine
Amapiano, banku, cruise, singeli… Le continent africain regorge de genres musicaux distincts. Pourtant, remarque le journaliste musical Chibuzo Emmanuel dans les colonnes du “Guardian”, on a tendance à les regrouper sous la même appellation : afrobeats.
Le terme afrobeat (sans s) désigne un genre musical né dans les années 1970 au Nigeria, créé par le musicien Fela Kuti. Ce dernier a fusionné des éléments de jazz, de funk et de rythmes traditionnels yoruba, un peuple d'Afrique de l'Ouest principalement présent au Nigeria. Le afrobeat se caractérise par des mélodies complexes, des percussions marquées et des textes souvent engagés politiquement. Ce genre s'est développé comme une forme d'expression artistique et sociale, reflétant les réalités politiques et culturelles de l'époque.
Dans les années 2010, le DJ britannique Abrantee a transformé le terme afrobeat en afrobeats (avec un s), en en faisant une étiquette marketing. Ce néologisme a été conçu pour promouvoir une variété de musiques africaines sur les plateformes de streaming et à la radio, alors en plein essor. Contrairement à l'afrobeat original, l'afrobeats est devenu un terme générique englobant des styles aussi divers que la pop, le dance, le rap, le R'n'B, le gospel ou encore le highlife, ainsi que des scènes musicales alternatives du continent africain.
De nombreux artistes africains critiquent l'utilisation du terme afrobeats pour désigner leur musique. Par exemple, Burna Boy, un artiste nigérian, préfère décrire sa musique comme de l'afro-fusion plutôt que de l'afrobeats. De même, Tyla, une chanteuse sud-africaine spécialisée dans l'amapiano (un genre musical sud-africain), considère que cette étiquette réduit la richesse et la diversité des musiques africaines. Pour eux, le terme afrobeats est trop réducteur et ne rend pas justice à la complexité des traditions musicales locales.
L'Afrique abrite une multitude de genres musicaux distincts, souvent méconnus en dehors de leurs régions d'origine. Parmi eux, on peut citer l'amapiano (Afrique du Sud), le banku (Ghana), le cruise (Sénégal) ou encore le singeli (Tanzanie). Chaque genre possède ses propres rythmes, instruments et influences culturelles. Par exemple, l'amapiano est un mélange de house, de jazz et de musique traditionnelle zouloue, tandis que le singeli est un style électronique originaire de Tanzanie, caractérisé par des beats rapides et des mélodies envoûtantes.
L'étiquette afrobeats a été popularisée par des stratégies marketing visant à faciliter la diffusion de la musique africaine sur les plateformes internationales. Cependant, cette approche a aussi contribué à uniformiser des styles très différents sous une seule bannière. Cela peut donner l'impression que la musique africaine est monolithique, alors qu'elle est en réalité extrêmement diversifiée. Les artistes et les critiques soulignent que cette simplification nuit à la reconnaissance des spécificités culturelles et musicales de chaque région du continent.
L'utilisation du terme *afrobeats* pose des questions plus larges sur la représentation de la culture africaine à l'échelle mondiale. En réduisant la diversité musicale à une seule étiquette, on risque de minimiser l'importance des traditions locales et des innovations contemporaines. Certains artistes, comme Tyla, mettent en avant l'importance de préserver leur héritage culturel tout en s'ouvrant aux influences globales. Pour eux, une meilleure reconnaissance des genres musicaux africains passe par une terminologie plus précise et respectueuse de cette diversité.

