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GÉOPOLITIQUE

L’afrobeats, cette étiquette qui “masque la diversité” de la musique africaine

Source unique·il y a 29 j

L’afrobeats, néologisme marketing apparu dans les années 2010, s’impose comme une étiquette fourre-tout pour désigner l’ensemble des musiques africaines contemporaines, au détriment de leur diversité culturelle et stylistique. Ce réductionnisme soulève une question géoculturelle : comment une catégorie commerciale, forgée hors du continent, peut-elle effacer des siècles de traditions musicales locales et marginaliser des scènes alternatives ? L’enjeu dépasse la simple sémantique, interrogeant les rapports de pouvoir entre l’Afrique et les industries culturelles globales.

Quelle est l’origine historique du terme afrobeat et comment a-t-il évolué pour devenir afrobeats ?

Le terme afrobeat (sans s) désigne un genre musical inventé dans les années 1970 par Fela Kuti, mélangeant jazz, funk et rythmes yoruba au Nigeria. Dans les années 2010, le DJ londonien Abrantee a transformé ce mot en afrobeats (avec s), en en faisant une catégorie marketing destinée à promouvoir la musique africaine sur les plateformes de streaming et les radios internationales, au-delà de sa définition originelle.

Quels genres musicaux africains sont aujourd’hui englobés sous l’étiquette afrobeats, et pourquoi cette classification est-elle contestée ?

L’afrobeats est aujourd’hui utilisé comme un terme générique pour désigner non seulement des styles comme l’amapiano sud-africain, le banku ghanéen, le cruise kenyan ou le singeli tanzanien, mais aussi des genres aussi variés que la pop, le rap, le R’n’B, le gospel ou le highlife. Des artistes comme Burna Boy ou Tyla critiquent cette réduction, car elle efface les spécificités locales et les traditions musicales de chaque région, réduisant une mosaïque culturelle à un seul label commercial.

Qui sont les principaux acteurs qui ont contribué à la diffusion de l’afrobeats comme catégorie dominante ?

Le DJ Abrantee, basé à Londres, est identifié comme le principal artisan de la popularisation du terme afrobeats dans les années 2010. Par ailleurs, des artistes nigérians comme Burna Boy, bien qu’ils rejettent cette étiquette, ont malgré eux participé à sa diffusion en adoptant des sous-genres comme l’afro-fusion. Les industries du streaming et de la radio internationale ont également joué un rôle clé en promouvant cette catégorie pour des raisons marketing.

Pourquoi certains artistes africains refusent-ils d’être associés à l’afrobeats et comment expriment-ils leur rejet ?

Des artistes comme Tyla ou Burna Boy rejettent l’afrobeats car ce terme, selon eux, déconnecte leur musique de ses racines culturelles et minimise la richesse des traditions locales. Tyla, par exemple, préfère mettre en avant l’amapiano, un genre sud-africain spécifique, tandis que Burna Boy décrit sa musique comme de l’afro-fusion pour souligner son hybridation plutôt que son appartenance à une catégorie générique.

Ce que ça pourrait changer

Cette réduction de la diversité musicale africaine à un seul label pourrait affaiblir la reconnaissance des scènes locales et marginaliser les artistes qui ne correspondent pas aux attentes des marchés globaux. À l’inverse, une meilleure distinction des genres pourrait renforcer la visibilité des traditions musicales africaines et offrir aux artistes un contrôle accru sur leur héritage culturel. Le débat interroge aussi la capacité des industries culturelles à imposer des catégories, parfois au mépris des réalités locales.

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