Ig Nobel de physique 2026 : à la recherche de l’urinoir idéal… sans éclaboussures
Quatre formes d’urinoir ont été testées : deux commerciales et deux issues des expériences récompensées par le prix Ig Nobel de physique 2026. Kaveeshan Thurairajah, Xianyu (Mabel) Song, J.
Les Ig Nobels sont des prix scientifiques décernés chaque année à des recherches qui, bien que sérieuses, semblent absurdes ou humoristiques au premier abord. Le nom est un jeu de mots entre ignoble (qui signifie « sans noblesse » en anglais) et Nobel, en référence aux célèbres prix Nobel. Ces récompenses sont organisées par l’association Improbable Research, fondée en 1994 par Marc Abrahams, un journaliste et mathématicien américain. Contrairement aux Nobel traditionnels, les Ig Nobels sont remis lors d’une cérémonie décalée, souvent à Harvard, mais cette année déplacée à Zurich en raison du contexte politique aux États-Unis. L’objectif est de mettre en lumière des travaux scientifiques réels mais inattendus, qui suscitent d’abord le rire avant de faire réfléchir. La cérémonie elle-même est marquée par un humour typiquement anglo-saxon, avec des avions en papier lancés par le public et des récipiendaires souvent déguisés.
Une équipe de chercheurs de l’Université de Waterloo, au Canada, dirigée par Zhao Pan, a travaillé pendant treize ans sur un problème aussi surprenant qu’utile : comment concevoir un urinoir qui n’éclabousse pas. Leur point de départ était un constat simple : les urinoirs actuels renvoient souvent l’urine à l’extérieur, ce qui est à la fois inconfortable et peu hygiénique. Pour résoudre ce problème, les scientifiques ont d’abord cherché à déterminer l’angle idéal sous lequel un jet d’urine doit frapper la paroi de l’urinoir pour éviter les éclaboussures. Grâce à des expériences utilisant une buse imitant un urètre et de l’eau colorée, ils ont découvert que cet angle magique était de 30 degrés. En dessous de cet angle, le liquide suit la paroi sans éclabousser ; au-dessus, les éclaboussures sont inévitables. Cette découverte s’inspire même de la nature, car les chiens urinent naturellement sous un angle proche de 30 degrés pour éviter de se mouiller.
Une fois l’angle idéal identifié, les chercheurs ont dû concevoir une forme d’urinoir qui garantisse que chaque jet d’urine frappe la paroi sous un angle de 30 degrés, quel que soit le point d’impact. Ce problème géométrique complexe a été résolu en utilisant une courbe équiangulaire, dont la solution mathématique est une spirale logarithmique (ou spirale de Bernoulli), aussi appelée spirale du nautile en raison de sa forme. Cette spirale a la propriété remarquable de faire un angle constant avec toute droite passant par son centre, ce qui la rend idéale pour un urinoir anti-éclaboussures. Le modèle ainsi obtenu, baptisé Nautilus, possède également un rebord bas, le rendant accessible aux personnes en fauteuil roulant. Les chercheurs ont ensuite adapté ce concept pour tenir compte de la gravité, qui courbe la trajectoire du jet d’urine en une parabole. Ce deuxième modèle, nommé Cornucopia, permet d’adapter la forme de l’urinoir à la taille des utilisateurs.
Pour valider leurs modèles, les chercheurs ont réalisé des tests comparatifs entre quatre types d’urinoirs : un urinoir standard américain, une réplique de *Fontaine* de Marcel Duchamp (utilisée dans sa position originale), ainsi que les prototypes *Nautilus* et *Cornucopia*. Les éclaboussures ont été mesurées à l’aide de feuilles posées au sol, puis pesées pour une évaluation quantitative. Les résultats ont été frappants : les urinoirs scientifiques *Nautilus* et *Cornucopia* réduisaient les éclaboussures à seulement 1,4 % de celles observées avec un urinoir classique. En extrapolant ces résultats à l’échelle des États-Unis, où l’on compte 56 millions d’urinoirs publics, les chercheurs estiment qu’un million de litres d’urine sont projetés au sol chaque jour. Avec des urinoirs optimisés, cette quantité pourrait être réduite de 10 millions de litres d’eau par jour, économisés pour le nettoyage. Ces résultats ont valu à l’équipe le *Ig Nobel de physique 2026*.

