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La visite du pape, une communion médiatique unique en son genre

The Conversation France · mis à jour 26 sept.

L’ESSENTIEL La visite du pape en France du 25 au 28 septembre 2026 déplace les foules, et les fidèles souhaitant « voir » Léon XIV sont très nombreux. Mais le séjour papal va surtout rassembler des dizaines de millions de téléspectateurs, qui « communieront » derrière leurs écrans.

Visite papale 2026

La visite du pape Léon XIV en France, prévue du 25 au 28 septembre 2026, est présentée comme un événement majeur à la fois religieux, politique et médiatique. Elle devrait attirer des foules de fidèles souhaitant le voir en personne, mais aussi rassembler des dizaines de millions de téléspectateurs à travers le monde. Cet événement s’inscrit dans la tradition des médias cérémoniels, un concept développé par les sociologues Daniel Dayan et Elihu Katz dans leur ouvrage La Télévision cérémonielle (1992). Selon eux, ces médias transforment des moments historiques en expériences collectives, où les spectateurs deviennent des acteurs indirects de l’événement en le légitimant par leur attention.

Médias cérémoniels

Les médias cérémoniels désignent la retransmission en direct d’événements historiques, religieux ou politiques, qui interrompent le cours ordinaire des programmes télévisés. Contrairement aux simples retransmissions techniques, ces médias jouent un rôle actif dans la création d’une expérience rituelle partagée. Ils suspendent la routine des téléspectateurs et les rassemblent autour d’un récit commun. Les exemples incluent les couronnements, funérailles ou visites papales. Les journalistes adoptent alors une posture solennelle, proche de celle des acteurs rituels, en évitant les commentaires ironiques ou critiques pour préserver la gravité de l’événement.

Communauté diasporique

La visite du pape illustre le concept de communauté diasporique, développé par Dayan et Katz. Il s’agit de publics dispersés géographiquement mais unis par leur participation à un événement médiatisé en direct. Les téléspectateurs, notamment les catholiques, forment une communauté émotionnelle qui partage un sentiment d’appartenance et de communion, bien qu’ils ne soient pas physiquement réunis. Cette notion souligne l’impact des médias sur la création de liens symboliques entre des individus éloignés, renforçant leur sentiment d’identité collective. Par exemple, des millions de catholiques pourraient vivre cette visite ensemble, renforçant leur foi et leur attachement à l’Église.

Fonctions des médias rituels

Les médias rituels remplissent cinq fonctions principales selon les travaux de Dayan et Katz. D’abord, une fonction testimoniale : ils attestent de la réalité de l’événement en le diffusant en direct, comme pour en garantir l’authenticité. Ensuite, une fonction de monumentalisation : ils construisent une image idéalisée de l’événement, qui sera retenue par la mémoire collective. Ils jouent aussi un rôle de légitimation en reconnaissant la valeur des personnalités ou institutions impliquées. Leur fonction vectorielle permet une diffusion planétaire, touchant des audiences parfois mondiales. Enfin, ils dramatisent l’événement en mettant en avant des séquences solennelles comme les discours ou les bénédictions.

Histoire en direct

Les médias rituels transforment les événements en Histoire en direct, inversant la critique souvent adressée aux médias, celle de diffuser un flux d’actualités éphémères. En retransmettant des rites télévisuels, ils ancrent les téléspectateurs dans un moment historique qui s’écrit sous leurs yeux. La visite du pape en France est décrite comme un événement historique, où ses propos pourraient avoir une résonance particulière sur l’actualité politique et législative française. Cette dimension performative rappelle d’autres moments symboliques, comme les déclarations de Charles de Gaulle lors de la crise algérienne. Les médias rituels deviennent ainsi des acteurs de l’Histoire, en produisant des transformations par leur solennité et leur diffusion.

Différence avec le conclave

Contrairement à la visite papale, le conclave – l’assemblée des cardinaux élisant un nouveau pape – n’est pas un événement médiatisé en direct. Les caméras n’ont pas le droit d’y pénétrer, sauf dans des fictions comme le film Conclave (2024). Le conclave est donc vécu depuis l’extérieur, principalement à travers des commentaires d’experts. Seul le moment de l’annonce de l’élection, marqué par l’apparition de la fumée blanche, transforme l’événement en un media event rituel. Ce moment suspend les programmes télévisés et crée une communauté diasporique de catholiques assistant à l’Histoire en direct, avec l’annonce solennelle Habemus papam (Nous avons un pape).

Ce que ça pourrait changer

Dayan et Katz ont défini quatre caractéristiques essentielles des *Media Events* dans leur ouvrage de 1992, puis reformulées en 2008. D’abord, l’*emphase* : l’événement est omniprésent sur tous les écrans, des téléviseurs aux smartphones, assurant une participation massive en direct. Ensuite, le *caractère performatif* : ces cérémonies ne sont pas des spectacles, mais des événements qui *font* l’Histoire en temps réel. La *loyauté* des diffuseurs envers les organisateurs est également cruciale, car elle garantit la cohérence du récit proposé. Enfin, l’*expérience partagée* renforce le sentiment de communauté, en construisant ou reconstruisant un « nous » collectif à travers la participation à l’événement.

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