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Il y a 96 ans, l’exploit contesté d’un descendant québécois au Mondial

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 20 j

Bertrand Patenaude est le premier joueur à avoir inscrit trois buts dans un match de Coupe du monde..

Exploit historique en 1930

Le 17 juillet 1930, Bertrand Patenaude, un Américain d'origine québécoise, inscrit trois buts lors de la première Coupe du monde de football organisée par la FIFA en Uruguay. Cet exploit, qui aurait dû faire de lui le premier joueur à réaliser un triplé (trois buts en un match) dans l'histoire de la compétition, a été reconnu officiellement par la FIFA seulement en 2006, soit 76 ans plus tard. Né en 1909 dans le Massachusetts de parents québécois immigrés, Patenaude travaillait comme peintre en bâtiment tout en jouant au soccer. Son petit-fils, également nommé Bertrand Patenaude, est aujourd'hui professeur à l'Université Stanford en Californie. Il découvre tardivement l'importance historique de son grand-père, notamment grâce aux témoignages de ses anciens coéquipiers.

Contexte familial et sportif

Bertrand Patenaude senior est issu d'une famille québécoise ayant émigré aux États-Unis pour travailler dans les usines textiles de Fall River, dans le Massachusetts. Cette ville, alors prospère grâce à son industrie, attirait une forte immigration portugaise et canadienne-française. Le soccer s'est imposé dans sa vie grâce à ce contexte socio-économique. Bien que son petit-fils l'ait surtout connu comme peintre, Patenaude était une figure locale respectée dans le sport. Son épouse, Leona, décédée à 104 ans en 2024, a transmis des anecdotes sur sa célébrité : il était accueilli comme une star lors des événements sportifs, bien qu'il n'ait jamais tiré de revenus de sa carrière sportive. Les archives familiales et les coupures de journaux confirment son exploit, malgré les contestations initiales.

Reconnaissance tardive du triplé

En 1930, trois instances différentes (la FIFA, la fédération américaine et une organisation indépendante) ont enregistré les buts marqués par Patenaude lors du match contre le Paraguay. Si deux buts lui sont attribués sans contestation, le troisième fait débat : la FIFA l'attribue à un autre joueur, tandis que l'organisation indépendante le crédite à un but contre son camp du Paraguay. Cette confusion a laissé une trace indélébile dans les statistiques officielles, marquée par un astérisque (*) à côté de son nom pendant des décennies. Ce n'est qu'en 2006, après la compilation de témoignages, de photographies et d'articles de presse par un ancien coéquipier, que la FIFA a officiellement reconnu son triplé. Patenaude n'a pas vécu assez longtemps pour voir cette reconnaissance, décédant en 1974.

Héritage sportif et records

Bertrand Patenaude a marqué 114 buts en 158 matchs entre 1928 et 1931 dans une ligue professionnelle américaine aujourd'hui disparue. Son record de cinq buts en un match de championnat reste inégalé à ce jour. Il a également participé à la première Coupe du monde en 1930 avec l'équipe des États-Unis, qui a terminé à la 3e place. Ses anciens coéquipiers le décrivaient comme le joueur le plus vif, le plus agile et le plus rapide de son époque, capable de dribbler n'importe quel adversaire. Malgré ces performances, le soccer est longtemps resté marginal aux États-Unis, éclipsé par le football américain, le basketball et le baseball. Une plaque commémorative manque encore dans sa ville natale de Fall River pour honorer son apport au sport.

Ce que ça pourrait changer

La Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, relance l'intérêt pour l'histoire du soccer américain, dont l'exploit de Patenaude fait partie. Le petit-fils de Bertrand Patenaude, professeur à Stanford, souligne que les joueurs québécois actuels comme Nathan Saliba, Maxime Crépeau, Mathieu Choinière et Ismaël Koné suivent indirectement ses traces. La famille Patenaude a conservé des liens avec le Québec, où ses grands-parents parlaient encore français dans les années 1960. Le petit-fils a même adopté un accent québécois pendant ses étés passés sur une ferme près du fleuve Saint-Laurent. Il envisage même de donner une entrevue en français en 2030 pour célébrer le centenaire de l'exploit de son grand-père.

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