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Généraliste

À la recherche du Québec : « On est-tu ben chez nous! »

ICI Radio-Canada · mis à jour 23 sept.

L’histoire des deux Michel est réconfortante comme une bouchée de poutine quand elle est bien faite..

Deux Michel, une poutine

Michel Nguyen, surnommé Mitch, et Michel Lim, surnommé Boom, sont les propriétaires du casse-croûte Mange dans mon Hood à Montréal. Leur histoire personnelle et leur succès culinaire sont au cœur de l’article. Mitch, né à l’hôpital Saint-Michel, a découvert la poutine dans son enfance et l’a décrite comme un plat réconfortant, avec un son caractéristique du fromage qui fond (skouic-skouic). Boom, quant à lui, a grandi dans le quartier Saint-Michel et s’est passionné pour les danses de rue avant de se tourner vers la cuisine. Leur amitié a débuté à l’adolescence, lorsque Mitch a cherché des personnes d’origine asiatique sur Internet pour apprendre le breakdance.

Fuir la guerre, trouver un refuge

Les deux Michel partagent un passé marqué par la guerre. Les parents de Mitch ont fui le Vietnam en bateau pendant la guerre, tandis que ceux de Boom ont quitté le Cambodge entre 1975 et 1979, fuyant le régime des Khmers rouges, responsable de la mort d’environ 1,7 million de personnes, soit près d’un cinquième de la population cambodgienne. Ces expériences ont façonné leur enfance à Montréal à la fin des années 1980, où leurs familles vivaient dans la précarité. Mitch raconte que ses parents remplissaient des seaux d’eau pour économiser, et Boom évoque l’achat massif de riz en solde pour éviter les pénuries. Ces souvenirs illustrent la résilience de leurs familles malgré les difficultés.

Montréal, terre d’accueil et de métissage

Montréal a été un lieu de reconstruction pour les familles des deux Michel. Mitch, scolarisé à l’Académie Roberval, a grandi dans un environnement majoritairement haïtien, où les enfants d’origine haïtienne représentaient 70 % des élèves. Il a ensuite découvert, au cégep Maisonneuve, une diversité plus large, ce qui l’a surpris. Boom, quant à lui, s’est immergé dans les danses de rue, notamment le swing et le jazz, avant de se tourner vers la cuisine. Leur parcours reflète l’histoire migratoire de Montréal, une ville où les communautés se croisent et s’influencent mutuellement, comme en témoigne leur cuisine métissée.

Naissance d’un projet culinaire

En 2014, Boom organise un événement culinaire dans son garage, baptisé Mange dans mon Hood, où il sert un sandwich inspiré de la cuisine haïtienne, mélangeant des saveurs locales et des ingrédients comme la banane pesée, le griot (viande de porc marinée et frite), et une mayonnaise au pikliz (condiment haïtien à base de chou mariné). Cet événement marque le début de leur collaboration. Ils reprennent ensuite le restaurant vietnamien de la mère de Mitch et développent une identité culinaire basée sur le métissage. Boom crée notamment une poutine revisitée, appelée Belle Tonki, où les frites et le fromage en grains sont nappés d’un gravy au bouillon de phở (soupe vietnamienne), accompagné de bœuf, de sauce hoisin et d’herbes fraîches.

Succès et reconnaissance internationale

Leur engagement culinaire porte ses fruits en 2026, lorsque le magazine londonien Time Out, référence mondiale en gastronomie urbaine, classe Mange dans mon Hood à la 5e position de son palmarès des meilleurs burgers au monde. Leur casse-croûte, situé en face de l’hôpital Jean-Talon, attire désormais des visiteurs du monde entier. Malgré ce succès, leur mission va au-delà de la reconnaissance médiatique : ils souhaitent contribuer à un monde meilleur en offrant du bonheur à leurs clients et en prenant soin de leurs employés, auxquels ils proposent désormais des assurances santé. Leur approche reflète une volonté de partager la joie et de créer du lien social.

Ce que ça pourrait changer

Les deux Michel, bien que nés au Québec, ont vécu des expériences de racisme, comme Mitch qui a entendu des remarques surprenantes sur sa maîtrise du français, alors qu’il est natif. Malgré cela, ils expriment une profonde gratitude pour leur vie au Québec, comparant leur situation à celle de populations en guerre, comme les Palestiniens. Leur discours met en lumière les défis de l’intégration, mais aussi la richesse du métissage culturel à Montréal. Ils soulignent l’accueil des Québécois envers les communautés immigrantes, tout en critiquant ceux qui se plaignent excessivement. Leur conclusion, *On est ben icitte!* (expression québécoise signifiant *On est bien ici*), résume leur attachement à leur pays d’adoption.

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