Au Sénégal, la rivalité entre Diomaye et Sonko vire au “vaudeville institutionnel”
La crise ouverte au sommet de l’État a provoqué un nouveau bras de fer entre les pouvoirs exécutif et législatif. Transformant ces derniers jours le Parlement sénégalais en “théâtre d’une véritable épreuve de force institutionnelle”..
Le Sénégal traverse une crise politique majeure depuis août 2026, opposant le pouvoir exécutif et le Parlement. Cette tension s’est cristallisée autour d’un projet de loi visant à encadrer l’utilisation des crédits spéciaux, souvent appelés fonds politiques ou fonds secrets. Ces derniers désignent des sommes d’argent allouées par l’État pour des dépenses discrétionnaires, parfois critiquées pour leur manque de transparence. Le gouvernement, dirigé par le président Bassirou Diomaye Faye, conteste la recevabilité de ce texte, arguant que certaines de ses dispositions relèvent du pouvoir réglementaire, c’est-à-dire de la capacité du gouvernement à gérer les détails de l’application des lois. Cette crise s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre les institutions, notamment après le rejet par le Conseil constitutionnel d’une réforme constitutionnelle en juin 2026, qui avait déjà annoncé un choc des institutions.
Le Parlement sénégalais, réuni en session extraordinaire depuis le 10 août 2026, est au cœur de cette crise. Les députés, majoritairement issus du parti au pouvoir, le Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité), tentent d’adopter une loi pour renforcer la transparence dans la gestion des fonds publics. Cependant, cette initiative a provoqué une épreuve de force institutionnelle, où le gouvernement et l’Assemblée nationale s’affrontent sur la légitimité de leurs prérogatives. Le 18 août 2026, lors de l’examen du texte, le gouvernement a saisi le Conseil constitutionnel pour contester sa recevabilité. En réponse, l’Assemblée a suspendu la séance plénière le lendemain, illustrant l’impasse politique. Cette situation rappelle une guerre des sessions, où chaque institution cherche à imposer sa vision des règles du jeu politique.
Les principaux acteurs de cette crise sont le président Bassirou Diomaye Faye, en poste depuis 2024, et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko, tous deux membres du Pastef. Leur rivalité interne a contribué à fragiliser la cohésion du parti au pouvoir et à alimenter les tensions institutionnelles. Le Pastef, qui avait promis une gouvernance plus transparente, se retrouve aujourd’hui divisé, avec des conséquences directes sur la gestion des affaires publiques. Le texte en débat vise à limiter l’opacité des fonds secrets, souvent critiqués pour leur utilisation opaque et leur rôle dans les pratiques clientélistes. Cette crise met en lumière les défis de la jeune démocratie sénégalaise, où les institutions peinent à trouver un équilibre entre contrôle démocratique et efficacité gouvernementale.
La suspension de la séance parlementaire le 19 août 2026 marque un nouveau paroxysme dans cette crise. Le gouvernement et l’Assemblée nationale sont désormais dans une impasse, où aucune solution ne semble se dégager à court terme. Cette situation rappelle un *vaudeville institutionnel*, terme utilisé pour décrire une comédie où les institutions, au lieu de collaborer, s’affrontent de manière absurde et répétitive. Les observateurs locaux, comme le média *Le Quotidien*, soulignent que cette crise a atteint un niveau sans précédent, avec des risques pour la stabilité politique du pays. La saisine du Conseil constitutionnel par le gouvernement ajoute une dimension juridique à ce conflit, qui pourrait aboutir à une décision susceptible de trancher, ou au contraire, d’aggraver les tensions.

