Misogynie, patriarcat
La misogynie n’est pas une norme, le patriarcat n’est pas une valeur et le sexisme n’est pas une plaisanterie. Devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, Awa Dabo a dénoncé les stéréotypes de genre qui entretiennent les discriminations.
L’Organisation des Nations Unies (ONU) dénonce l’impact des stéréotypes de genre, qu’elle qualifie de misogynie, patriarcat et sexisme, sur les droits des femmes et des filles à l’échelle mondiale. Selon Awa Dabo, Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’homme, ces représentations ne sont pas de simples idées abstraites : elles empoisonnent les pratiques quotidiennes, les lois et les institutions. Elle établit un lien direct entre le recul des droits des femmes et l’évolution politique, notamment la montée de l’autocratie et des conflits violents. Une étude menée en 2025 dans 174 pays révèle que les pays où l’égalité entre les sexes est la plus faible sont majoritairement des régimes autoritaires, où ces stéréotypes servent d’outils de contrôle social. Par exemple, dans certains conflits armés, les autorités renforcent les rôles traditionnels des femmes pour justifier la militarisation ou des programmes nationalistes, tout en utilisant ces préjugés pour cibler des victimes spécifiques.
Les stéréotypes de genre influencent directement la manière dont les violences sont perpétrées et documentées lors des conflits. Des mécanismes d’enquête de l’ONU ont révélé que des femmes étaient victimes de violences sexuelles non pas pour elles-mêmes, mais comme moyen de punir des hommes ou des communautés entières. Par exemple, au Myanmar, en République démocratique du Congo, dans les Territoires palestiniens occupés, au Soudan ou au Venezuela, des rapports montrent que des hommes et des garçons subissent également des violences à caractère sexiste, comme des viols ou des humiliations, pour affirmer la domination d’un groupe sur un autre. Ces actes s’inscrivent dans un système de préjugés qui, une fois normalisés, légitiment la discrimination, l’exclusion et la violence. Les victimes sont souvent réduites au silence, ce qui entrave les enquêtes et favorise l’impunité des auteurs.
Les préjugés de genre ne se limitent pas aux zones de conflit : ils façonnent la vie quotidienne des femmes et des filles dans le monde entier. Selon l’ONU, près de neuf personnes sur dix dans le monde entretiennent au moins un préjugé à l’égard des femmes. Awa Dabo, elle-même concernée, explique que beaucoup de femmes subissent un jugement basé sur leur genre plutôt que sur leurs compétences, avec une attention excessive portée à leur apparence plutôt qu’à leur travail. Ces stéréotypes se construisent dès l’enfance : les filles de 10 à 14 ans passent 50 % de temps en plus que les garçons à effectuer des tâches ménagères, selon l’UNICEF. Ces rôles sont souvent justifiés par des arguments moraux ou familiaux, et présentés comme naturels ou positifs, alors qu’ils renforcent les inégalités.
À l’ère numérique, les stéréotypes de genre se propagent également via les technologies. Une participation insuffisante des femmes dans la conception des algorithmes peut conduire à l’intégration de biais discriminatoires. Par exemple, une étude a montré que des comptes TikTok ou YouTube Shorts de jeunes hommes recevaient, en seulement 26 minutes, du contenu issu de la manosphère (un mouvement en ligne promouvant une vision misogyne des relations entre les sexes). ONU Femmes appelle à évaluer les systèmes d’intelligence artificielle (IA) avant et pendant leur déploiement pour détecter et corriger ces biais. L’objectif est d’éviter que les algorithmes ne reproduisent ou n’amplifient les inégalités existantes, notamment en matière de genre.
Les stéréotypes de genre trouvent leur origine dans des normes sociales et institutionnelles qui considèrent les femmes comme inférieures aux hommes. Ces idées, transmises dès l’enfance, sont ensuite renforcées par les pratiques familiales, éducatives et professionnelles, ainsi que par les lois. Rhoda Reddock, experte du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), souligne que ces stéréotypes servent à justifier les inégalités et la subordination des femmes. Pour les combattre, il est nécessaire de transformer ces normes dans tous les domaines de la vie et de prendre en compte les discriminations cumulées, comme celles liées à la race, à la classe sociale ou au handicap.
Plus de trente ans après l’adoption du *Programme d’action de Beijing* (1995), un texte international visant à promouvoir l’égalité entre les sexes, les écarts entre les droits reconnus et la réalité restent importants. Selon ONU Femmes, les femmes ne bénéficient que de 64 % des droits juridiques dont disposent les hommes, et accomplissent deux fois et demie plus de travail de soins non rémunéré. Pour inverser cette tendance, Nyaradzayi Gumbonzvanda, directrice adjointe d’ONU Femmes, propose cinq actions prioritaires : éliminer les stéréotypes des lois et des pratiques institutionnelles, intégrer ces enjeux dans les mécanismes de suivi des droits humains, renforcer la formation et les recours juridiques, évaluer les algorithmes pour détecter les biais, et soutenir les organisations de femmes dans les réformes. Ces mesures visent à créer un cadre où l’égalité de genre devient une réalité concrète.

