Dans un Yémen en guerre, des milliers de familles reprennent les chemins de l’exil
Pour certains, c’est la deuxième, voire la troisième fois qu’ils doivent fuir les affrontement avec les Houthis..
Le Yémen est plongé dans une guerre depuis 2014, opposant principalement les Houthis, un groupe armé soutenu par l’Iran, au gouvernement yéménite reconnu internationalement et soutenu par l’Arabie saoudite. En juillet 2024, les combats ont repris après une période de relative accalmie, déclenchés par une offensive américano-israélienne contre l’Iran. Les Houthis, qui contrôlaient déjà une grande partie du nord du pays, dont la capitale Sanaa, ont avancé vers la côte ouest en quelques jours. Cette progression a provoqué des centaines de morts et forcé près de 130 000 personnes à fuir leur domicile, selon les Nations unies. Les Houthis sont souvent appelés combattants pro-iraniens car leur mouvement est soutenu militairement et financièrement par l’Iran. Leur objectif est de renforcer leur contrôle sur le pays, notamment sur le détroit de Bab el-Mandeb, une zone stratégique reliant la mer Rouge au canal de Suez, essentielle pour le commerce mondial entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique.
Des milliers de familles yéménites, comme celle d’Arwa, sont contraintes de fuir pour la deuxième ou troisième fois depuis le début du conflit il y a 12 ans. Arwa a parcouru 200 kilomètres à moto avec son mari et ses quatre enfants pour échapper à l’avancée des Houthis dans la ville de Mokha. Leur fuite illustre l’ampleur des déplacements internes : en deux semaines seulement, 57 000 enfants ont été déplacés, selon l’UNICEF. Les familles emportent le strict minimum, comme des matelas ou des ustensiles de cuisine, et s’entassent dans des tentes souvent surpeuplées. Le camp d’Al-Farsi, près d’Aden, abrite par exemple plus de 8 800 personnes dans des conditions précaires, avec un accès limité à l’eau potable et à l’électricité. Les déplacés espèrent retrouver leur maison, mais la situation reste incertaine.
La crise humanitaire au Yémen s’aggrave avec la récente reprise des combats. Les camps de déplacés, comme celui d’Al-Farsi, manquent cruellement de ressources. Armen Yedgaryan, représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), souligne que le site a désespérément besoin d’aide, notamment d’eau et de nourriture. Le Programme alimentaire mondial (PAM) distribue des repas, mais les besoins dépassent largement les moyens disponibles. Les déplacés comme Arwa reçoivent du riz, mais les conditions de vie restent difficiles : chaleur accablante, absence de ventilateurs et pénurie de vêtements adaptés. Le HCR est une agence de l’ONU chargée de protéger les réfugiés et les déplacés à l’intérieur de leur propre pays. Le PAM, quant à lui, est une organisation internationale qui lutte contre la faim dans le monde.
La guerre prive des millions d’enfants yéménites d’éducation. Avant la reprise des hostilités, 3,2 millions d’enfants en âge d’être scolarisés ne l’étaient pas. Depuis juillet 2024, 243 écoles ont fermé, affectant plus de 137 000 élèves. Dans le camp d’Al-Firdaws, près d’Aden, les enfants ne peuvent plus aller en classe. Obia Atchieng, représentant de l’UNICEF au Yémen, explique que la plupart des enfants étaient scolarisés avant leur fuite, mais que les services éducatifs sont désormais interrompus. L’UNICEF, le Fonds des Nations unies pour l’enfance, tente d’évaluer la possibilité de proposer des activités éducatives dans les camps. Cette situation aggrave une crise déjà profonde : le Yémen comptait parmi les pays au monde où le taux de scolarisation était le plus bas avant même le conflit.
La guerre laisse des traces profondes sur les familles yéménites, notamment sur les enfants. Un père de famille de 39 ans, déjà déplacé il y a huit ans depuis Hodeida, raconte que ses enfants, nés après l’exil, n’avaient jamais connu les bombardements. Aujourd’hui, le moindre bruit fort, comme le passage d’une moto, les fait paniquer. Même dans les bras de leur père, leur rythme cardiaque reste accéléré. Une autre mère, Noha, a dû fuir la ville d’al-Khokha avec ses deux enfants de 8 et 10 ans. Elle décrit une scène déchirante : en larmes, elle a annoncé à ses enfants qu’ils devaient partir, ce qui a provoqué des pleurs chez toute la famille. Ces témoignages illustrent l’impact psychologique durable de la guerre sur les civils, surtout les plus jeunes.

