«askōhtēskanohwē» : sur la piste du perlage ancestral
L’artiste métisse et crie Carrie Allison utilise la collection du musée McCord Stewart pour renouer avec ses traditions..
Carrie Allison est une artiste originaire de la communauté du petit lac des Esclaves en Alberta, au Canada. Elle est d'ascendance métisse (métis : personne issue du métissage entre Européens et peuples autochtones) et crie (membre du peuple Cri, une nation autochtone d'Amérique du Nord). Son travail explore ses racines culturelles, notamment à travers l'art du perlage, une technique artisanale traditionnelle. Pour renouer avec les traditions de ses ancêtres, elle a mené des recherches approfondies dans les collections du musée McCord Stewart à Montréal. Son exposition, intitulée askōhtēskanohwē (qui signifie en cri « suivre les pistes »), est le résultat de cette démarche de réappropriation culturelle.
Le perlage est un art ancestral autochtone qui consiste à décorer des tissus, des vêtements ou des objets avec de petites perles de verre, de métal ou de coquillage. Carrie Allison a découvert des œuvres perlées dans la collection Julien F. Gaudet du musée McCord Stewart, comme des cantonnières (petits sacs décoratifs), des pochettes murales ou une couverture pour chien, ornées de motifs traditionnels. Ces pièces, appelées perlages orphelins, sont des objets dont l'origine exacte (créateur, créatrice ou région) est inconnue. Sherry Farrell Racette, une spécialiste métisse du perlage, a aidé Allison à comprendre les techniques et motifs utilisés par ses ancêtres. Ces objets, souvent acquis par des musées de manière violente ou par vol, soulèvent des questions éthiques sur la conservation et la restitution des œuvres autochtones.
La décolonisation des musées désigne un processus visant à corriger les injustices historiques liées à la colonisation, notamment en restituant les œuvres autochtones acquises de manière illégitime. Celina Yellowbird, conservatrice en art autochtone au musée McCord Stewart, explique que ces pièces ont souvent été obtenues par la violence ou le vol. Le musée souhaite pouvoir rendre ces œuvres aux communautés autochtones qui en font la demande. Par exemple, si une communauté crie ou métisse revendique une pièce, le musée s'engage à faciliter sa restitution. Cette démarche s'inscrit dans une réflexion plus large sur la réappropriation culturelle et la reconnaissance des savoirs autochtones.
Carrie Allison a utilisé des spécimens végétaux du nord de l'Alberta, conservés dans les jardins botaniques royaux de Kew à Londres, pour créer une série d'œuvres intitulée Portails. Ces plantes, collectées par des scientifiques européens, ont été disséquées et renommées selon des critères occidentaux. Allison a intégré ces spécimens dans des tissus perlés pour les réapproprier symboliquement. Elle explique que ses œuvres visent à imaginer comment ses ancêtres autochtones utilisaient ces plantes, tout en critiquant la manière dont la science occidentale a extrait et transformé ces savoirs. Son approche mêle botanique, histoire et artisanat traditionnel.
L'exposition d'Allison aborde aussi la manière dont les musées interdisent le toucher des œuvres, une règle souvent perçue comme une contrainte par les visiteurs. Pour illustrer cette idée, elle a créé une pièce intitulée Votre main marquera l'œuvre, composée de motifs perlés sur un cordon de guidage, un accessoire utilisé dans les musées pour délimiter les espaces. Elle s'inspire du livre On Being Nosy, du collectif autochtone Wolf Babe, qui critique les pratiques des galeries et musées occidentaux. Ces institutions imposent des règles strictes (silence, distance) qui rappellent la colonisation et la perte de contrôle des peuples autochtones sur leur propre culture.
L'exposition *askōhtēskanohwē* de Carrie Allison est présentée au musée McCord Stewart à Montréal du 30 septembre 2026 au 28 février 2027. Elle s'inscrit dans le cadre de la 8e édition de la Biennale d'art contemporain autochtone. Cette exposition est le résultat d'une résidence artistique d'un an au musée, où Allison a pu explorer les collections et développer son projet. Le titre de l'exposition, *askōhtēskanohwē*, signifie en cri « suivre les pistes », reflétant la démarche de l'artiste pour retrouver et réinterpréter les traditions de ses ancêtres à travers l'art et la recherche.

