Texas: cette méga-autoroute à 26 voies devait mettre fin aux bouchons. C'est raté
Cette solution proposée face aux embouteillages n'a fait que créer de nouveaux problèmes. Les scientifiques pointent un phénomène de «demande induite», qui incite de nouveaux automobilistes à emprunter les voies..
En 2019, le Texas a lancé un projet d'infrastructure titanesque à Houston : une autoroute à 26 voies, appelée North Houston Highway Improvement Project (NHHIP). Ce chantier, piloté par le département des Transports du Texas (Texas Department of Transportation, TxDOT), visait à élargir la Interstate 45 (I-45), une autoroute fédérale majeure reliant Dallas à Houston. Le coût initial était estimé à 7 milliards de dollars, avec une livraison prévue pour 2025. L'objectif affiché était de réduire les embouteillages chroniques dans cette zone, l'une des plus congestionnées des États-Unis, où les conducteurs passent en moyenne 75 heures par an dans les bouchons. Le projet prévoyait aussi des améliorations pour les piétons et les cyclistes, ainsi que des mesures environnementales comme des zones végétalisées.
Malgré l'ampleur des travaux, le projet a rapidement suscité des critiques. Des études, dont une publiée en 2022 par des chercheurs de l'Université du Texas, ont montré que l'élargissement des autoroutes peut induire une demande de trafic : plus il y a de voies, plus les conducteurs sont incités à prendre leur voiture, ce qui annule les gains attendus en termes de fluidité. À Houston, les embouteillages ont même empiré après le début des travaux en 2021. Par exemple, le temps moyen de trajet entre deux points stratégiques de l'I-45 a augmenté de 15 % entre 2019 et 2023. Les opposants au projet, comme le groupe Texas Housers, dénoncent aussi son impact environnemental, notamment l'augmentation des émissions de CO₂, estimées à +10 % dans la zone concernée.
Le projet a déclenché une vague de contestations, portées par des associations locales, des écologistes et des habitants. En 2023, le département de la Justice des États-Unis (U.S. Department of Justice) a saisi le sujet, pointant des discriminations raciales dans les plans de rénovation, car les quartiers traversés par l'I-45 sont majoritairement habités par des minorités. Un recours collectif a été déposé, bloquant temporairement les travaux. TxDOT a dû revoir ses plans, notamment en réduisant le nombre de voies de 26 à 18 et en intégrant davantage de transports en commun. Le coût du projet a grimpé à 9,7 milliards de dollars, et sa livraison est désormais prévue pour 2030.
Ce fiasco illustre les limites des solutions purement infrastructurelles face à la congestion automobile. Les experts soulignent que les projets routiers massifs, comme celui du Texas, sont souvent contre-productifs à long terme. Une alternative émergente est le *transit-oriented development* (TOD), qui consiste à développer des quartiers autour des transports en commun pour réduire la dépendance à la voiture. À Houston, des initiatives comme l'extension du réseau de métro léger (*MetroRail*) ou la promotion du covoiturage sont désormais envisagées. Le cas de l'I-45 montre aussi l'importance de l'évaluation environnementale et sociale avant le lancement de grands chantiers.

