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Innovation : pour un État stratège

Maddyness · mis à jour il y a 21 j

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Quatre révolutions industrielles

L’article retrace l’histoire des révolutions industrielles pour situer le contexte actuel. La première, au XVIIIe siècle, a été portée par l’Europe grâce à l’invention de la machine à vapeur et à l’utilisation du charbon. La deuxième, au XIXe siècle, a vu les États-Unis et l’Europe se partager les innovations liées à l’électricité et au pétrole. La troisième, au XXe siècle, a été dominée par les États-Unis avec l’essor de l’informatique et des technologies numériques. Aujourd’hui, la quatrième révolution industrielle, centrée sur l’intelligence artificielle (IA), le quantique et la fusion, est en cours. Contrairement aux précédentes, son issue n’est pas encore écrite : l’Europe pourrait en être exclue si elle ne prend pas les bonnes décisions rapidement. Trois dynamiques pourraient encore inverser la tendance : le départ de chercheurs américains vers d’autres pays, l’augmentation des budgets de recherche liés au réarmement, et l’impact de l’IA sur les équilibres économiques avant que les positions ne se figent. Ces opportunités ne dureront que deux à trois ans, après quoi un retard structurel pourrait s’installer.

Retard européen en IA

L’Europe accuse un retard significatif dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) par rapport aux États-Unis. Selon l’AI Index de Stanford, l’investissement privé en IA est quarante fois plus élevé aux États-Unis qu’en France. En 2025, seulement 18 % des entreprises françaises utilisaient l’IA, contre 42 % au Danemark, selon Eurostat. Le capital-risque a levé 65 milliards de dollars en Europe en 2024, contre 276 milliards aux États-Unis, d’après le cabinet EY. Par ailleurs, près de 30 % des licornes (start-up valorisées à plus d’un milliard de dollars) européennes ont transféré leur siège social à l’étranger entre 2008 et 2021, comme l’a révélé un rapport commandé par l’ancien Premier ministre italien Mario Draghi. Ces chiffres illustrent une fuite des talents et des capitaux vers des écosystèmes plus dynamiques, menaçant la compétitivité européenne dans les technologies de rupture.

Problèmes structurels français

La France dispose pourtant de nombreux atouts pour innover : une recherche parmi les meilleures au monde, près de 7 000 milliards d’euros d’épargne des ménages et un marché européen de 450 millions de consommateurs. Cependant, son système d’innovation souffre de trois verrous majeurs. Le premier est l’éparpillement des acteurs : chaque ministère ou organisme public a ses propres guichets, ses priorités et ses calendriers, ce qui bloque des projets comme Athéna, un projet quantique interministériel bloqué depuis trois ans faute de coordination. Le deuxième est le coût élevé de l’échec : en France, une restructuration d’entreprise coûte en moyenne 38 mois de salaire, contre 7 aux États-Unis, ce qui décourage les prises de risque. Le troisième est la rigidité réglementaire : par exemple, la loi d’orientation des mobilités de 2019 n’a autorisé que douze expérimentations de véhicules autonomes en France, alors que Waymo, une entreprise américaine, compte déjà près d’un million d’utilisateurs mensuels pour ses services de conduite autonome.

État stratège vs État sélectionneur

Flora Donsimoni, directrice générale de l’Institut de l’Entreprise, propose une vision alternative à l’État actuel, qu’elle qualifie d’État sélectionneur : au lieu de choisir les gagnants, l’État doit devenir un État stratège. Cela signifie fixer des objectifs clairs, ouvrir la commande publique aux jeunes entreprises et garantir un droit à l’échec. Pour y parvenir, elle suggère trois axes principaux. D’abord, créer une agence unique, inspirée de la DARPA (agence américaine de recherche avancée), nommée France 2100, dotée de budgets pluriannuels, de directeurs autonomes et d’une tolérance à l’échec. Ensuite, transformer la commande publique en levier de marché en orientant les achats de l’État vers les jeunes entreprises et en instaurant un Buy European Act, qui favoriserait les offres contenant au moins 50 % de valeur ajoutée européenne. Enfin, former dix millions d’actifs à l’IA en cinq ans en réorientant une partie des 32 milliards d’euros consacrés à la formation professionnelle en 2022, et instaurer une flexisécurité pour protéger les travailleurs plutôt que les postes.

Ce que ça pourrait changer

Aucune des réformes proposées ne pourra être pleinement efficace sans une coordination européenne. L’article souligne que l’Europe n’est pas un simple cadre politique, mais une condition nécessaire pour que la France et ses partenaires puissent rivaliser avec les États-Unis ou la Chine. Cette vision s’inscrit dans le cadre de *Cap 2027*, une série de publications de l’Institut de l’Entreprise visant à alimenter le débat public avant l’élection présidentielle de 2027. L’enjeu est de taille : les nations qui cessent d’innover ne disparaissent pas, mais deviennent dépendantes de celles qui innovent. L’article se termine par un appel à agir rapidement pour que la France et l’Europe ne soient pas reléguées au rang de simples clientes des technologies de demain.

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