Balayette pour le garçon cishet – sur Darya & Dounya de Diaty Diallo
Après Deux secondes d’air qui brûle, l’artiste et écrivaine confie son second roman à une narratrice qui, en vidant son appartement, s’adresse à celle qu’elle était adolescente. De cette conversation à deux voix sort un inventaire des hommes qui l'ont malmenée, et des impensés de classe et de race qui vont avec.
L’article présente le second roman de Diaty Diallo, intitulé Darya & Dounya, publié le 4 septembre 2026. L’autrice y explore, à travers une narratrice nommée Dounya, les thèmes de l’identité, des violences subies et des impensés liés à la classe sociale et à la race. Dounya, âgée de 31 ans, vient de perdre son emploi, son partenaire et son logement. En triant ses affaires, elle redécouvre Darya, son double adolescent, et engage un dialogue avec elle. Ce roman s’inscrit dans la continuité de Deux secondes d’air qui brûle, premier ouvrage de l’autrice.
L’article souligne que le roman dénonce les bonnes intentions centristes, c’est-à-dire les discours progressistes en apparence mais dépourvus de remise en question réelle. Éric Loret, l’auteur de la critique, prend l’exemple d’un responsable associatif en banlieue qui se revendique de gauche tout en affichant une bourgeoisie inconsciente. Dounya, par son récit, expose les contradictions de ces individus qui se disent engagés mais perpétuent des rapports de domination, notamment en utilisant un langage condescendant envers les personnes qu’ils prétendent aider. Ce passage critique vise à montrer comment ces attitudes reproduisent des schémas coloniaux.
Dounya, la narratrice, s’adresse principalement à Darya, son double adolescent, tout au long du roman. Ce dialogue fictif permet d’explorer les transformations subies entre l’adolescence et l’âge adulte. Darya incarne la rébellion, la curiosité et l’insouciance, tandis que Dounya porte le poids des expériences douloureuses, notamment les violences masculines. Le roman utilise cette dualité pour illustrer comment l’adulte a dû sacrifier une partie d’elle-même pour s’adapter aux normes sociales, tout en conservant des traces de sa personnalité passée.
En triant ses archives, Dounya retrouve des documents qui déclenchent en elle des Lettres de haine et des Audios de haine, des textes adressés aux hommes ayant exercé un pouvoir sur elle. Ces écrits visent notamment un premier gynécologue, deux agresseurs sexuels, un homme ayant exploité ses idées sans réciprocité, et un manipulateur. Le roman aborde ainsi les violences systémiques subies par les femmes, tout en soulignant que ces agressions ne sont pas de leur faute. Cette partie du récit met en lumière la prise de conscience progressive de Dounya, qui réalise que ces traumatismes ne sont pas liés à ses propres faiblesses.
L’article insiste sur l’exploration des *impensés de classe et de race* dans le roman. Dounya, en tant que narratrice, interroge les privilèges invisibles des personnes issues de milieux aisés, même lorsqu’elles se revendiquent progressistes. Le roman montre comment ces privilèges se manifestent dans les interactions quotidiennes, notamment à travers le langage et les attitudes. Par exemple, le responsable associatif mentionné utilise l’argument du métissage de ses enfants comme une preuve de son ouverture d’esprit, tout en restant ancré dans une bourgeoisie qui nie ses propres avantages.

