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Géopolitique

La dérive des comptes publics américains se poursuit

Le Grand Continent · mis à jour il y a 7 j

Si les taux d’intérêt auxquels l’État américain doit s’endetter se stabilisaient à 5 %, il devrait toutefois payer chaque année le double du budget annuel de la défense pour le paiement des intérêts. L’article La dérive des comptes publics américains se poursuit est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Dette publique record

En juillet 2026, la dette publique des États-Unis a franchi pour la première fois la barre des 40 000 milliards de dollars, atteignant 123 % du PIB (produit intérieur brut). Ce montant colossal représente l’ensemble des sommes empruntées par l’État fédéral américain pour financer ses dépenses, accumulées depuis des décennies. Cette dette se rapproche du plafond autorisé par le Congrès, fixé à 41 100 milliards de dollars, qui devrait être atteint avant la fin de l’année 2026. Pour éviter un blocage des finances publiques (shutdown), les parlementaires devront voter une augmentation de ce plafond, une procédure devenue récurrente ces dernières années. Cette situation illustre la difficulté des États-Unis à maîtriser leur endettement, malgré les promesses de réduction faites par l’administration Trump.

Déficit en forte hausse

Le déficit public américain, c’est-à-dire la différence entre les recettes (impôts, taxes) et les dépenses de l’État, s’élève à 1 800 milliards de dollars pour l’année fiscale 2026, qui a débuté en octobre 2025. Ce chiffre est le deuxième plus élevé de l’histoire récente, dépassé seulement en 2021 en raison des dépenses massives liées à la pandémie de Covid-19. Le Congressional Budget Office (CBO), un organisme indépendant qui analyse les finances publiques américaines, prévoit que le déficit atteindra 2 100 milliards de dollars pour l’ensemble de l’année, soit 6,5 % du PIB. Ce niveau élevé s’explique par une augmentation des dépenses dans des domaines comme la Sécurité sociale, les soins médicaux (Medicare et Medicaid), et les pensions des vétérans, en raison du vieillissement de la population et des engagements historiques de l’État envers ses anciens combattants.

Coût croissant de la dette

Les intérêts que l’État américain doit payer sur sa dette ont augmenté de 14 % entre 2025 et 2026, passant à plusieurs centaines de milliards de dollars. Cette hausse est directement liée à l’augmentation des taux d’intérêt, le prix que l’État doit payer pour emprunter. Si ces taux se stabilisaient durablement à 5 %, l’État devrait débourser chaque année 2 000 milliards de dollars en intérêts, soit 6,3 % du PIB et le double du budget annuel de la Défense. Un tel niveau de dépenses en intérêts pourrait déclencher un effet boule de neige : plus l’État emprunte pour payer ces intérêts, plus sa dette augmente, et plus les taux d’intérêt risquent de monter encore, rendant la situation encore plus difficile à gérer. Les bons du Trésor américains, considérés comme des placements sûrs, sont désormais moins attractifs pour les investisseurs, ce qui aggrave la pression sur les finances publiques.

Dépenses et recettes en tension

Côté dépenses, les budgets alloués à l’éducation, à l’Agence de protection de l’environnement (EPA) et aux aides internationales ont été fortement réduits, avec des baisses respectives de 60 %, 59 % et 36 %. En revanche, les dépenses liées à la Défense, à la Sécurité sociale et aux soins médicaux ont augmenté, reflétant les priorités politiques et démographiques du pays. Du côté des recettes, les impôts sur le revenu des ménages ont progressé de 7 %, malgré des baisses d’impôts pour les foyers les plus aisés. Les droits de douane ont également augmenté de 13 %, malgré l’annulation par la Cour suprême de la plupart des taxes imposées par l’administration Trump. À l’inverse, les impôts sur les bénéfices des entreprises ont chuté de 23 %, soit une baisse de 89 milliards de dollars, ce qui réduit les recettes de l’État.

Ce que ça pourrait changer

La hausse des taux d’intérêt sur les *bons du Trésor* à 30 ans, dépassant 5 % pour la première fois depuis 2007, reflète une perte de confiance des investisseurs dans la dette américaine. Traditionnellement perçus comme un placement sans risque, les bons du Trésor sont désormais moins demandés, ce qui pourrait entraîner une hausse encore plus forte des taux. Pour tenter de stabiliser la situation, le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a annoncé en août 2026 un doublement du programme de rachat des titres de dette à long terme, à partir du 9 septembre. Cependant, cette mesure ne résout pas le problème de fond : elle consiste simplement à remplacer une partie de la dette à long terme par de la dette à court terme, ce qui rend l’État plus vulnérable aux fluctuations des marchés. La Réserve fédérale (*Fed*), seule institution capable d’influencer durablement les taux, pourrait relancer des achats massifs de dette (*quantitative easing*), mais cela risquerait d’alimenter l’inflation, déjà sous pression en raison de la hausse des prix de l’énergie et des tarifs douaniers imposés par l’administration Trump.

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