Au Sénégal, un climat de “suspicion permanente à l’égard de l’étranger”
Le quotidien sénégalais “L’Observateur” révèle une hausse massive des contrôles de citoyens étrangers par les forces de l’ordre à Dakar, ainsi que des discours hostiles sur les réseaux sociaux. Certaines organisations de la société civile dénoncent, de leur côté, des interpellations arbitraires..
Entre le 30 juin et le 8 juillet 2025, la Direction de la police des étrangers et des titres de voyage du Sénégal a mené une campagne de contrôles ciblant principalement les ressortissants d'Afrique de l'Ouest. Ces opérations, justifiées par un objectif de renforcement de la sécurité des personnes, ont abouti à 490 contrôles. Parmi les personnes interpellées, 36 ont été déférées au parquet pour séjour irrégulier, c'est-à-dire qu'elles ne disposaient pas des documents administratifs nécessaires pour résider légalement au Sénégal. Ces chiffres illustrent une intensification des vérifications administratives, perçue comme une mesure de contrôle migratoire. La Teranga, terme wolof signifiant hospitalité, est traditionnellement associée à l'accueil des étrangers au Sénégal, ce qui rend cette campagne particulièrement remarquée et commentée.
Amadou Bangoura, un étudiant béninois de 30 ans résidant légalement au Sénégal depuis cinq ans, a vécu une expérience marquante lors d'un contrôle policier. Un soir vers 22 heures, alors qu'il rentrait d'une salle de sport, une patrouille de police l'a arrêté et lui a demandé de présenter ses papiers. Bien que son titre de séjour était en règle, cette situation l'a profondément perturbé. Il a exprimé son inquiétude quant aux conséquences possibles de ce contrôle, soulignant l'impact psychologique de ces interpellations. Son témoignage met en lumière le sentiment d'insécurité et de suspicion qui pèse sur les étrangers résidant légalement dans le pays, malgré leur intégration et leur respect des règles.
Plusieurs organisations de la société civile sénégalaise ont dénoncé, dans un communiqué publié le 13 juillet 2025, une logique de suspicion permanente à l'égard de l'étranger. Elles critiquent notamment les interpellations arbitraires, les exigences administratives disproportionnées et les rétentions prolongées subies par les étrangers. Ces pratiques, selon elles, banalisent une atmosphère de méfiance envers les non-nationaux, remettant en cause l'image d'hospitalité du Sénégal. Les associations soulignent que ces contrôles, bien que présentés comme une mesure de sécurité, pourraient en réalité fragiliser les relations entre le Sénégal et ses voisins, notamment dans un contexte où le pays assure la présidence de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao).
Depuis quelques semaines, des discours hostiles envers les étrangers, en particulier la communauté guinéenne, se multiplient sur les réseaux sociaux comme TikTok. Les Guinéens représentent plus de 40 % des résidents étrangers au Sénégal et sont accusés, dans ces vidéos, de voler le travail des Sénégalais. Ces accusations rappellent les rhétoriques xénophobes observées récemment en Afrique du Sud, où des mouvements activistes ciblent également les immigrants. Ces discours en ligne contribuent à alimenter un climat de tension et de défiance envers les étrangers, amplifiant les craintes d'une montée des comportements discriminatoires dans le pays.
Les contrôles massifs d'étrangers au Sénégal surviennent dans un contexte politique régional marqué par une montée des discours conservateurs en Afrique. Ces mouvements, souvent portés au nom des *valeurs familiales*, prônent des politiques plus restrictives envers les immigrants. Le Sénégal, qui vient de prendre la présidence de la Cedeao, se trouve ainsi au cœur de dynamiques régionales complexes. Cette situation interroge sur l'équilibre entre sécurité nationale et respect des droits des étrangers, d'autant plus que le pays est traditionnellement perçu comme un modèle d'hospitalité en Afrique de l'Ouest. Les observateurs s'interrogent sur l'impact de ces politiques sur l'image du Sénégal à l'échelle continentale.

