La randonnée sans GPS : ils apprennent à se débrouiller seul en montagne
[Le renouveau de la rando 4/4] Comment s'orienter sans application, évaluer un itinéraire et s'adapter aux imprévus ? La Fédération française de la randonnée pédestre propose des stages pour améliorer son autonomie en montagne. Reporterre en a suivi un, dans le Mercantour.
Dans un contexte où les applications de navigation en montagne comme Google Maps ou Visorando sont largement utilisées, certains randonneurs redécouvrent des méthodes traditionnelles pour s’orienter sans dépendre de la technologie. Cette tendance s’inscrit dans une volonté de retrouver une autonomie face aux outils numériques, souvent critiqués pour leur manque de fiabilité en cas de panne de batterie ou de réseau. Les pratiquants de ces techniques, souvent organisés en associations ou en stages, s’appuient sur des savoirs transmis depuis des générations, comme l’utilisation d’une carte topographique (une carte détaillée représentant le relief, les cours d’eau et les sentiers) et d’une boussole (un instrument permettant de déterminer une direction par rapport au nord magnétique). Ces méthodes, bien que moins immédiates que les applis, offrent une compréhension plus profonde du terrain et réduisent les risques de se perdre.
Plusieurs structures proposent des formations pour apprendre à se passer des outils numériques en montagne. Par exemple, l’association Au-delà des cartes, basée dans les Pyrénées, organise des stages de deux à trois jours pour un coût d’environ 150 € par personne. Ces formations s’adressent aussi bien aux débutants qu’aux randonneurs expérimentés souhaitant affiner leurs compétences. Les participants y apprennent à lire une carte, à utiliser une boussole pour tracer un itinéraire, et à reconnaître les éléments naturels comme les cours d’eau ou les rochers caractéristiques. L’objectif est de leur permettre de se repérer même dans des zones sans réseau téléphonique, où les applis deviennent inutilisables. Ces stages attirent de plus en plus de monde, avec une augmentation de 30 % des inscriptions entre 2022 et 2023.
Les applications de randonnée, bien que pratiques, présentent plusieurs inconvénients majeurs. D’abord, elles dépendent d’une connexion internet ou d’une batterie, deux éléments souvent absents en montagne. Ensuite, leur précision peut varier selon la qualité des données utilisées, ce qui peut induire en erreur. Enfin, leur utilisation passive (suivre un tracé sans comprendre le terrain) peut réduire la vigilance des randonneurs. Par exemple, en 2023, les secours en montagne ont enregistré une hausse de 15 % des interventions liées à des personnes perdues, dont une partie attribuée à une mauvaise utilisation des applis. Ces outils ne remplacent pas la connaissance du terrain, soulignent les formateurs, qui insistent sur l’importance de combiner technologie et savoir-faire traditionnel.
Pour les adeptes de ces méthodes, la randonnée sans GPS s’inscrit dans une philosophie plus large, celle de l’autonomie et du respect de la nature. En apprenant à se repérer par eux-mêmes, les randonneurs réduisent leur empreinte écologique en évitant de dépendre de technologies énergivores. De plus, cette pratique favorise une connexion plus intime avec l’environnement, en les incitant à observer les détails du paysage comme les plantes, les animaux ou les changements de relief. Certains y voient aussi une forme de résistance à la société numérique, où la technologie tend à remplacer les compétences manuelles et intellectuelles. Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large de retour à des savoirs ancestraux, comme la cueillette ou l’artisanat.
Le public intéressé par ces formations est varié : des jeunes urbains en quête de déconnexion, des retraités souhaitant rester actifs, ou encore des familles cherchant à partager une activité commune. Les organisateurs notent une hausse des inscriptions depuis la pandémie de Covid-19, période où beaucoup ont redécouvert les joies de la nature et souhaité se réapproprier des compétences pratiques. Les femmes représentent environ 60 % des participants, un chiffre qui reflète une tendance plus large dans les activités de plein air, où les femmes cherchent à gagner en confiance et en autonomie. Ces stages offrent aussi un espace d’échange et de transmission, où les participants partagent leurs expériences et leurs astuces.

