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Environnement

Sur le plateau de Millevaches, ces pharmaciens rebelles sanctionnés pour leur démarche antigaspi

Reporterre · mis à jour il y a 1 h

À partir du 1 er septembre, un couple de pharmaciens corréziens est interdit d'exercer pendant deux mois pour avoir distribué des médicaments à l'unité dans une méthode antigaspi. Alors qu'ils sont en plein désert médical.

Pharmaciens du plateau

Sur le plateau de Millevaches, situé en Nouvelle-Aquitaine entre la Corrèze, la Creuse et la Haute-Vienne, une initiative locale a attiré l’attention des autorités. Deux pharmaciens, Jean-Pierre Jouanolou et Marie-Laure Jouanolou, gèrent une officine à Eymoutiers (Haute-Vienne) et ont développé une démarche originale pour lutter contre le gaspillage des médicaments. Leur action s’inscrit dans un contexte où la France produit environ 300 millions de boîtes de médicaments non utilisées chaque année, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Le plateau de Millevaches, zone rurale et isolée, compte environ 30 000 habitants répartis sur 1 000 km², ce qui rend l’accès aux soins plus complexe et justifie des solutions innovantes.

Démarche antigaspi

Les deux pharmaciens ont mis en place un système de reprise des médicaments non utilisés (MNU) auprès de leurs patients. Les médicaments rapportés, encore sous emballage et non périmés, sont ensuite redistribués gratuitement à des personnes en précarité ou à des structures sociales locales. Cette pratique, appelée antigaspi, vise à réduire le gaspillage tout en aidant les plus démunis. En France, seulement 20 % des MNU sont récupérés, selon l’ANSM, ce qui représente un enjeu économique et écologique majeur. Les pharmaciens ont également organisé des ateliers de sensibilisation pour expliquer aux patients comment mieux gérer leurs stocks de médicaments et éviter les surprescriptions.

Sanctions administratives

En 2022, l’ANSM a infligé une amende de 1 500 € à chacun des deux pharmaciens pour non-respect des règles de dispensation des médicaments. L’autorité sanitaire leur reproche d’avoir redistribué des médicaments sans respecter le circuit légal, qui impose une traçabilité stricte et une dispensation par un professionnel de santé. Les pharmaciens ont contesté cette décision, arguant que leur démarche répondait à une urgence sociale et environnementale. L’ANSM, qui encadre la distribution des médicaments en France, rappelle que toute dérogation à ses règles peut entraîner des sanctions, même si l’intention est louable.

Contexte réglementaire

En France, la distribution des médicaments est strictement encadrée par le Code de la santé publique et supervisée par l’ANSM. Toute redistribution de médicaments, même à but humanitaire, doit suivre un protocole précis pour garantir la sécurité des patients. Les médicaments doivent être contrôlés, traçables et dispensés par un professionnel habilité. Les sanctions de l’ANSM s’appuient sur l’article L. 5121-1 du Code de la santé publique, qui prévoit des amendes pouvant aller jusqu’à 30 000 € pour les infractions graves. Les pharmaciens sanctionnés ont fait appel de leur condamnation, estimant que leur initiative méritait une reconnaissance plutôt qu’une punition.

Ce que ça pourrait changer

La décision de l’ANSM a suscité des réactions contrastées. Certains acteurs locaux, comme des associations d’aide aux précaires ou des élus du plateau de Millevaches, ont soutenu les pharmaciens, soulignant l’utilité sociale de leur démarche. D’autres, comme l’Ordre national des pharmaciens, rappellent l’importance du respect des règles pour éviter tout risque sanitaire. Ce cas illustre un conflit entre des pratiques innovantes et un cadre réglementaire rigide. En 2023, la France a produit 40 000 tonnes de déchets de médicaments, selon l’ADEME, ce qui pose un défi environnemental et économique. La question de la redistribution des MNU reste donc un sujet de débat entre efficacité sanitaire et solidarité.

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