Pas de mosquée à Venise ? La communauté bangladaise songe à une grève générale
Voilà des années qu’une association bangladaise de la commune de Venise a acheté un immeuble pour y construire une mosquée. Mais le projet ne convainc pas le nouveau maire de la Cité des doges, qui ne semble pas disposé à délivrer le permis nécessaire.
Depuis au moins quinze ans, une association bangladaise de Venise, Giovani per l’umanità (littéralement Les jeunes pour l’humanité), tente de construire une mosquée dans la ville. Pour cela, elle a acheté un immeuble situé dans une ancienne zone industrielle abandonnée, financé entièrement par ses propres moyens. Ce projet répond à un besoin croissant de lieux de culte pour la communauté bangladaise, estimée à environ 20 000 personnes dans la région. Cependant, malgré ces efforts, l’association se heurte à des obstacles administratifs pour obtenir le permis de construire nécessaire.
Le principal obstacle vient du nouveau maire de Venise, qui refuse de délivrer le permis de construire. Cette position s’inscrit dans un contexte de tensions autour de l’intégration des communautés immigrées en Italie. Le maire semble conditionner son accord à une démonstration d’intégration de la part de la communauté bangladaise, selon des déclarations relayées par le Corriere della Sera. Cette situation a ravivé un débat plus large sur la place de l’islam et des minorités religieuses dans une ville emblématique comme Venise, connue pour son patrimoine historique et culturel.
Face à l’absence de réponse concrète, Prince Howlader, un des leaders de la communauté bangladaise, a menacé de déclencher une grève générale. Il a déclaré que si les autorités ne répondent pas, la communauté descendra dans la rue et bloquera des infrastructures clés comme le port de Mestre, les chantiers navals Fincantieri, ainsi que le secteur touristique (restaurants, hôtels). Cette menace vise à paralyser l’économie locale pour attirer l’attention des médias et des responsables politiques sur leur cause.
Venise et sa région dépendent fortement du tourisme, qui représente une part majeure de l’économie locale. Une grève générale dans ce secteur aurait des répercussions immédiates sur les emplois et les revenus des habitants. De plus, la communauté bangladaise joue un rôle actif dans l’économie locale, notamment dans les secteurs de la restauration et du commerce. Leur mobilisation reflète aussi une frustration croissante face à des années de blocage administratif, alors que la mosquée est présentée comme un symbole d’intégration et de reconnaissance.
L’affaire a pris une dimension nationale en Italie, attirant l’attention des médias et des responsables politiques. La communauté bangladaise espère que cette pression médiatique et sociale forcera les autorités à trouver une solution. Pour l’instant, aucune réponse officielle n’a été donnée, mais la situation reste tendue. Ce conflit illustre les défis rencontrés par les minorités religieuses en Europe, où l’accès à des lieux de culte est souvent au cœur de débats sur la laïcité et l’intégration.

