À Berlin, le “spectre de l’expropriation” pèse sur la campagne électorale
Approuvée par référendum en 2021, la communalisation des logements berlinois détenus par des gros promoteurs immobiliers n’a jamais été mise en œuvre. Mais à l’approche des prochaines élections de la ville-État, le sujet est devenu un enjeu politique majeur.
Berlin fait face à une crise majeure du logement, marquée par des loyers élevés et une pénurie de logements abordables. Cette situation est exacerbée par la présence de grands promoteurs immobiliers, comme Vonovia, qui détiennent une part importante du parc immobilier de la ville. Les habitants peinent à se loger dans des conditions raisonnables, ce qui alimente les tensions sociales et politiques. La question du logement est devenue un enjeu central dans les débats publics, notamment à l'approche des élections locales du 20 septembre 2026.
En 2021, les Berlinois ont été consultés par référendum sur une proposition visant à communaliser (c'est-à-dire à transférer à la ville) les logements détenus par de grands groupes immobiliers. Le référendum a été approuvé par près de 58 % des votants, ce qui reflète une forte demande de régulation du marché immobilier. Cependant, cette consultation n'était pas contraignante sur le plan juridique, ce qui signifie que ses résultats ne pouvaient pas imposer directement une décision politique. Malgré cette approbation populaire, la mesure n'a jamais été appliquée, laissant le sujet en suspens.
Le parti de gauche Die Linke propose d'exproprier les grands promoteurs immobiliers pour transformer leurs logements en biens publics gérés par la ville. Cette idée, soutenue par une partie de la population, vise à rendre le logement plus abordable en limitant les profits des promoteurs et en encadrant les loyers. Cependant, cette proposition divise profondément les acteurs politiques et économiques. Les chrétiens-démocrates (CDU) et les sociaux-démocrates (SPD), actuellement au pouvoir à Berlin, s'y opposent fermement, tandis que le gouvernement fédéral allemand, dirigé par une coalition de conservateurs et de sociaux-démocrates, a même proposé d'interdire les expropriations au niveau national.
Les élections locales de Berlin, prévues le 20 septembre 2026, s'annoncent serrées. Selon les derniers sondages, les chrétiens-démocrates (CDU) et les sociaux-démocrates (SPD) sont crédités d'environ 20 % des intentions de vote chacun, tandis que Die Linke est également en tête avec un score similaire. Le sujet de l'expropriation des promoteurs immobiliers est devenu un thème clé de la campagne, au point de compliquer les négociations pour former une coalition gouvernementale après le scrutin. Les partis doivent désormais prendre position clairement sur cette question pour séduire les électeurs.
Le projet d'expropriation a suscité des réactions vives, notamment de la part des promoteurs immobiliers et des partis conservateurs. Ces derniers dénoncent une mesure jugée illégale et économiquement risquée, craignant un précédent pour d'autres villes allemandes. Le gouvernement fédéral a même proposé une loi pour interdire explicitement les expropriations de ce type, ce qui montre l'ampleur des tensions entre Berlin et l'État fédéral. À ce jour, la mesure reste bloquée, malgré son soutien populaire, car elle n'a pas encore été mise en œuvre par les autorités berlinoises.

