Une nouvelle approche pour détecter et traiter la dépression postpartum
Une clinique de sages-femmes de Toronto peut compter sur la présence d'un psychiatre pour aider ses patientes..
La clinique de sages-femmes d’East York-Don Mills, située à Toronto en Ontario, est la première du genre dans cette province à intégrer un psychiatre sur place. Cette initiative vise à faciliter l’accès aux soins de santé mentale pour les femmes pendant la grossesse et après l’accouchement. Avant cette approche, les futures mères devaient souvent multiplier les démarches administratives et attendre plusieurs mois pour obtenir un rendez-vous avec un spécialiste. Par exemple, le temps d’attente moyen pour un premier rendez-vous est passé de 6 à 9 mois à seulement 27 jours grâce à ce programme. La clinique propose également des créneaux réservés aux patientes nécessitant des soins urgents, évitant ainsi des passages aux urgences. Cette structure permet de regrouper les soins médicaux et psychiatriques dans un même lieu, rendant l’accès aux services moins intimidant pour les femmes.
Le programme de santé mentale reproductive des femmes, lancé en 2025 par l’hôpital Michael Garron à Toronto, inclut un dépistage systématique des troubles de l’humeur et de l’anxiété pendant la grossesse. Entre la 12e et la 16e semaine, les sages-femmes posent des questions sur les antécédents médicaux et mentaux des patientes, incluant un questionnaire spécifique. Ce dépistage permet d’identifier rapidement les femmes à risque et de les orienter vers un psychiatre si nécessaire. Mackenzie Macht, sage-femme au sein de la clinique, souligne que cette période, appelée période périnatale, est particulièrement vulnérable en raison des changements physiques et émotionnels qu’elle implique. Elle explique que l’anxiété naît souvent de la combinaison entre la peur et l’inconnu, ce qui rend ce dépistage essentiel pour prévenir les complications.
Selon les experts, jusqu’à une femme sur cinq souffre de troubles de l’humeur ou d’anxiété pendant la période périnatale, qui s’étend de la grossesse aux premiers mois après l’accouchement. Pourtant, la Dre Neda Askari, psychiatre au sein du programme de l’hôpital Michael Garron, révèle que la majorité de ces femmes ne sont ni diagnostiquées ni traitées. Cette situation peut avoir des conséquences graves, non seulement pour la santé mentale de la mère, mais aussi pour le déroulement de la grossesse, l’accouchement, le développement du nourrisson et le bien-être de toute la famille. Le programme cherche donc à combler ce vide en offrant un accès simplifié et intégré aux soins, réduisant ainsi les risques de complications liées à ces troubles non pris en charge.
Sharika Sadaf, une mère ayant souffert de dépression postpartum lors de sa première grossesse, témoigne de l’efficacité de ce nouveau modèle de soins. Lors de sa deuxième grossesse, elle a pu bénéficier d’un suivi personnalisé, incluant un plan d’action établi en collaboration avec les professionnels de la clinique. Elle souligne que ce soutien lui a permis de mieux gérer ses craintes et de vivre sa maternité de manière plus sereine. Elle estime que ce type d’accompagnement devrait être accessible à toutes les mères, car il change radicalement l’expérience de la parentalité. Son témoignage illustre l’impact positif de cette approche, qui combine dépistage précoce, suivi médical et soutien psychiatrique dans un cadre communautaire.
L’initiative de la clinique d’East York-Don Mills et du programme de l’hôpital Michael Garron pourrait servir de modèle pour d’autres régions. En intégrant les soins de santé mentale dans un cadre plus large et accessible, cette approche répond à un besoin croissant de soutien pour les femmes en période périnatale. La Dre Askari explique que certaines patientes se sentent plus à l’aise de recevoir des soins dans un milieu communautaire plutôt qu’à l’hôpital, ce qui favorise une meilleure adhésion aux traitements. Avec plus de 150 mères ayant déjà bénéficié de ce programme, les résultats montrent une amélioration significative de l’accès aux soins et une réduction des temps d’attente. Cette méthode pourrait donc être étendue à d’autres provinces ou pays pour répondre à un enjeu de santé publique majeur.

