Conan Doyle, Étretat et pulsion scopique : trois braquages méconnus d’Arsène Lupin
Horace Velmont, Désiré Baudru, Don Luis Perenna, Paul Sernine : Arsène Lupin change de nom comme de chemise. Mais en créant son gentleman cambrioleur, Maurice Leblanc ne s’est pas contenté de faire main basse sur les coffres-forts des riches….
Arsène Lupin est un personnage de fiction créé par l'écrivain français Maurice Leblanc en 1905. Il se distingue par sa capacité à changer d'identité et d'apparence, utilisant des pseudonymes comme Horace Velmont, Désiré Baudru, Don Luis Perenna ou Paul Sernine. Leblanc le décrit comme un métis social, c'est-à-dire un personnage issu de milieux sociaux différents, né en 1874 du professeur de gymnastique Théophraste Lupin et d'Henriette d'Andrésy, parente pauvre d'une famille aristocratique. Lupin incarne un gentleman cambrioleur, alliant élégance et audace, bien loin du stéréotype du voleur brutal. Son créateur, Maurice Leblanc, rêvait initialement d'une carrière académique ou littéraire, mais c'est grâce à une commande de Pierre Lafitte, patron de presse, pour le mensuel Je sais tout, qu'il donne naissance à ce personnage emblématique. En 1905, Lupin n'est encore qu'un cambrioleur en gants blancs, mais il évoluera rapidement pour devenir une figure majeure de la littérature française.
Dans sa première nouvelle, publiée en 1905, Maurice Leblanc fait affronter Arsène Lupin à Sherlock Holmes, le célèbre détective britannique créé par Arthur Conan Doyle. Leblanc donne à Holmes le nom déformé d'Herlock Sholmès et en fait un rival, voire une antithèse, de Lupin. À cette époque, Sherlock Holmes est déjà très populaire en France, où ses aventures sont traduites et publiées par Pierre Lafitte. Leblanc utilise ce personnage connu pour légitimer son propre héros : Lupin, contrairement à Holmes, ne se contente pas d'observer et de déduire, il improvise, se métamorphose et retourne les règles du jeu. Après seulement trois aventures, Herlock Sholmès disparaît, laissant Lupin seul en scène. Leblanc a ainsi réussi à faire entrer son personnage dans l'imaginaire collectif, en s'emparant de la notoriété d'un autre.
En 1909, Maurice Leblanc publie L'Aiguille creuse, un roman dans lequel il attribue à l'aiguille d'Étretat, un monolithe de craie normand, un trésor légendaire. Selon l'histoire inventée par Leblanc, ce trésor contiendrait les richesses accumulées par les rois de France depuis Rollon de Normandie jusqu'à Louis XIV, cachées à l'intérieur de la falaise. La Révolution française aurait ensuite fait perdre le code d'accès à ce trésor. L'aiguille d'Étretat est un site naturel réel, mais Leblanc en fait un lieu de mystère en y ajoutant une légende. Il va jusqu'à sceller dans la pierre les lettres D et F en 1927, éléments clés pour résoudre l'énigme. Cette fiction a modifié la perception du site, attirant visiteurs et lecteurs dans un jeu de brouillage entre réalité et imagination. Aucun archéologue n'a jamais confirmé l'existence de ce trésor.
Maurice Leblanc publie la première aventure d'Arsène Lupin en 1905, la même année où Sigmund Freud publie ses *Trois essais sur la théorie sexuelle*. Certains critiques voient dans l'œuvre de Leblanc une influence des concepts freudiens, notamment la *pulsion scopique* (le besoin de regarder ou d'être regardé) et la répétition de scènes traumatiques. Dans *La Demoiselle aux yeux verts* (1927), Lupin aide une jeune femme à retrouver un souvenir refoulé depuis son enfance, en la confrontant à son passé. Leblanc utilise ainsi des mécanismes psychanalytiques pour résoudre des énigmes, bien avant que ces méthodes ne deviennent courantes dans la littérature. Dans *La Comtesse de Cagliostro*, la première aventure de Lupin, le héros assiste à une scène de torture cachée, répétée dans d'autres œuvres comme *813* ou *Le Bouchon de cristal*. Cette scène devient une matrice narrative, illustrant la conviction de Leblanc : pour percer une énigme, il faut explorer la mémoire et l'inconscient.

