Notre histoire – sur Retour au goudron du collectif Infernus Iohannes
Cette rentrée est marquée par les 11 livres de Retour au goudron d'Infernus Iohannes – collectif accueilli dans notre rubrique « Fiction » en 2020. La « performance » littéraire et éditoriale, pensée comme telle, réunit 11 maisons d’édition qui toutes publient en même temps ce dernier geste de l’aventure post-exotique et ses hétéronymes.
L'article présente Retour au goudron, une série de 11 livres publiés simultanément par le collectif Infernus Iohannes. Ce projet littéraire et éditorial, conçu comme une performance, marque la conclusion de l'aventure post-exotique, un mouvement artistique et littéraire initié par Antoine Volodine et ses hétéronymes. Le collectif, qui regroupe 11 maisons d'édition, inclut des auteurs comme Volodine lui-même, Manuela Draeger ou encore Lutz Bassmann. Infernus Iohannes, personnage fictif devenu auteur réel, incarne cette fin symbolique avec la phrase « Je me tais », clôturant l'un des onze ouvrages. Cette publication collective, programmée pour la rentrée 2026, s'inscrit dans une démarche où la frontière entre fiction et réalité s'estompe, notamment à travers des livres comme Débrouille-toi avec ton violeur (2022) ou Chantons sous la suie (co-écrit avec Maria Soudaïeva).
Antoine Volodine, porte-parole du collectif, avait annoncé son départ en 2024 avec Vivre dans le feu, dernier livre signé de son nom. Cependant, l'héritage post-exotique persiste à travers les 11 publications de Retour au goudron, qui forment un « continent gigantesque » de textes et de personnages. Le terme post-exotisme désigne un courant littéraire créé par Volodine dans les années 1980, mêlant science-fiction, poésie et critique sociale, souvent associé à des univers dystopiques ou marginaux. Les hétéronymes, comme Infernus Iohannes, sont des identités fictives sous lesquelles écrivent plusieurs auteurs, brouillant les limites entre réel et imaginaire. La phrase « Je me tais » symbolise une fin apparente, mais les livres, une fois publiés, continuent de « parler » par leur simple existence, prolongeant ainsi l'œuvre au-delà de l'intention de leurs créateurs.
Infernus Iohannes est un collectif imaginaire devenu auteur à part entière, notamment avec la publication de Débrouille-toi avec ton violeur en 2022. Ce nom désigne un groupe d'écrivains fictifs dont les œuvres explorent des thèmes comme la rébellion, la marginalité ou la résistance culturelle. Le collectif inclut des figures comme Antoine Volodine, qui a signé près de la moitié des 49 livres post-exotiques depuis 1985, ou Manuela Draeger, autrice de Arrêt sur enfance (2025). Lutz Bassmann est un autre hétéronyme récurrent, présent dans des ouvrages comme Les aigles puent (2010). Ces auteurs fictifs permettent de développer des univers narratifs complexes, où les personnages et les récits s'entremêlent sur plusieurs décennies. La catégorie d'auteur, dans ce contexte, devient floue, car elle désigne moins un individu qu'une entité collective et protéiforme.
La simultanéité des 11 publications de Retour au goudron est une performance littéraire et éditoriale, conçue pour marquer les esprits. Cette stratégie rappelle les mouvements artistiques avant-gardistes, où l'acte de création inclut aussi sa diffusion et sa réception. Les maisons d'édition participantes, au nombre de 11, reflètent la diversité des supports et des publics visés. Le terme performance renvoie ici à une œuvre qui existe autant par son processus de création que par son résultat final. Cette approche s'inscrit dans une tradition où l'art et la littérature cherchent à bousculer les conventions, comme le suggère le philosophe Michel Foucault dans L'Ordre du discours (1971), cité dans l'article. L'objectif est de créer un événement culturel marquant, capable de susciter des débats ou des réflexions sur la fin de l'écriture, la mort de l'auteur, ou la persistance des textes après leur publication.
Malgré l'annonce d'une fin avec *« Je me tais »*, les livres du collectif continueront d'exister et d'être lus, prolongeant ainsi l'aventure post-exotique. Cette idée rejoint la théorie de Foucault sur le discours, où un énoncé ne disparaît pas avec son auteur mais persiste à travers le temps. Les 11 ouvrages de *Retour au goudron* forment un héritage littéraire complexe, où se mêlent fiction, autobiographie et réflexion sur l'acte d'écrire. Des entretiens accompagnant cette publication, comme celui avec Antoine Volodine dans *En attendant Nadeau* (août 2026), permettront d'éclairer les coulisses de cette fin symbolique. L'article souligne que cette « fin » n'est peut-être qu'une étape, une nouvelle manière de perpétuer l'œuvre en la déclarant close, tout en laissant planer le doute sur sa véritable disparition.

