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Économie

Les géants de la tech vont-ils subir le sort de l’industrie du tabac ?

LVSL · mis à jour il y a 25 j

Les géants du numérique - Meta, Google et Apple - se heurtent à une contestation populaire croissante. Ils enchaînent les revers judiciaires majeurs, pour violation des droits des consommateurs.

Géants du numérique en difficulté

Les grandes entreprises de la tech comme Meta (Facebook), Google et Apple font face à une montée des contestations judiciaires et populaires. Ces géants, souvent appelés GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), accumulent les revers en justice pour des pratiques jugées nuisibles : dépendance aux plateformes, exposition à des contenus dangereux ou atteintes au bien-être des utilisateurs. Certains observateurs comparent leur situation actuelle à celle de l’industrie du tabac dans les années 1990, avant son déclin dû à des poursuites massives. Pourtant, malgré ces difficultés, leurs profits et leur influence restent intacts, car les sanctions financières restent limitées pour l’instant.

Verdicts historiques contre Meta

En mars 2026, deux verdicts majeurs ont été rendus aux États-Unis contre Meta (maison mère de Facebook) et YouTube (filiale de Google). Le premier, au Nouveau-Mexique, a jugé Meta responsable de ne pas avoir suffisamment protégé ses utilisateurs des prédateurs en ligne, en violation de la législation locale. Le second, à Los Angeles, a condamné Meta et YouTube pour avoir conçu des mécanismes addictifs (comme les notifications instantanées ou le défilement infini) qui encouragent une utilisation compulsive chez les jeunes. Une adolescente, ayant commencé à utiliser ces plateformes à 6 ans, a développé une dysmorphie corporelle et des pensées d’automutilation, ce qui a motivé le procès.

Actions collectives en hausse

Des milliers d’actions en justice sont en cours aux États-Unis contre les géants du numérique, portées par des particuliers, des États ou des districts scolaires. Plus d’une douzaine de procès supplémentaires doivent s’ouvrir en 2026. Ces recours visent notamment les fonctionnalités conçues pour maximiser l’engagement des utilisateurs, jugées responsables de préjudices psychologiques ou sociaux. Par exemple, plus de 1 200 districts scolaires ont engagé des procédures contre Meta, YouTube, Snapchat et TikTok, accusant leurs plateformes d’avoir nui à la santé mentale des élèves. Ces affaires pourraient, à terme, aboutir à des indemnisations colossales, comme ce fut le cas pour les industries du tabac ou des opioïdes.

Protection juridique affaiblie

Historiquement, les géants du numérique bénéficiaient d’une protection juridique héritée des années 1990, les exonérant de toute responsabilité pour les contenus publiés par leurs utilisateurs. Cette doctrine, confirmée par la Cour suprême américaine en 2026 dans une affaire concernant Cox Communications, a longtemps servi de rempart. Cependant, les verdicts récents de Los Angeles et du Nouveau-Mexique marquent un tournant : ils ne concernent pas des contenus tiers, mais la conception même des services, ouvrant la porte à des poursuites pour dommages directs. Si cette tendance se confirme, les entreprises de la Silicon Valley pourraient être confrontées à une responsabilité juridique comparable à celle des fabricants de tabac ou des producteurs d’opioïdes.

Sanctions financières limitées

Jusqu’à présent, les sanctions contre les géants de la tech restent modestes comparées à leurs profits. Par exemple, Apple a accepté de verser 250 millions de dollars (soit 0,22 % de son bénéfice de 112 milliards de dollars en 2025) pour clore un recours collectif l’accusant d’avoir exagéré les capacités d’intelligence artificielle de ses iPhone. De même, Amazon a payé 2,5 milliards de dollars (3,2 % de ses bénéfices en 2025) pour régler un litige avec la FTC (Commission fédérale du commerce) concernant des dark patterns (techniques de manipulation en ligne). Ces montants, bien que élevés, représentent des ponctions mineures pour ces entreprises, qui continuent de générer des profits records.

Affaire Google : monopole contesté

L’entreprise Google a été condamnée à deux reprises en 2025-2026 pour abus de position dominante : d’abord dans le domaine de la recherche en ligne, puis dans celui de la publicité en ligne. Malgré ces verdicts, Google conserve une influence quasi inchangée. Le juge a refusé de démanteler l’entreprise ou d’imposer un écran de choix pour les moteurs de recherche par défaut, estimant que cela interférait trop avec la conception des produits. Google continue de verser plus de 20 milliards de dollars par an à Apple pour que son moteur de recherche soit le choix par défaut sur les iPhone, un montant qui représente presque l’intégralité des bénéfices d’Apple sur ce partenariat.

Apple face à la justice antitrust

En 2021, Apple avait accepté un accord avec la FTC pour réduire ses commissions sur l’App Store (30 % des recettes des développeurs) après une affaire intentée par Epic Games (créateur de Fortnite). Pourtant, Apple a maintenu des commissions quasi identiques et a été déférée au parquet pour outrage au tribunal après avoir ignoré une injonction judiciaire. En Europe, Apple a également été condamnée pour les mêmes pratiques. Ces décisions illustrent la résistance des géants de la tech face aux régulations, malgré des condamnations répétées. Leur modèle économique, basé sur des marchés captifs (comme l’App Store), reste difficile à remettre en cause.

Rôle des États et districts scolaires

Les États américains et les districts scolaires jouent un rôle clé dans la contestation contre les géants du numérique. Par exemple, un district scolaire du Kentucky a poursuivi Meta, YouTube, Snapchat et TikTok pour avoir nui à la santé mentale de ses élèves, réclamant 60 millions de dollars pour financer des programmes de soutien. Plus de 1 200 districts scolaires ont engagé des procédures similaires. Ces actions, souvent regroupées en recours collectifs, pourraient aboutir à des transformations profondes des plateformes, comme ce fut le cas pour les industries du tabac ou des opioïdes. Leur succès dépendra des décisions futures des tribunaux.

RGPD et vie privée en Europe

En Europe, le RGPD (Règlement général sur la protection des données) est un outil clé pour réguler les géants du numérique. En 2021, la Commission nationale luxembourgeoise de protection des données (CNPD) avait infligé une amende de 854 millions de dollars à Amazon pour son système de publicité basée sur le profilage des utilisateurs. Cependant, en 2026, les tribunaux luxembourgeois ont annulé cette amende, estimant que la CNPD n’avait pas prouvé une violation intentionnelle ou par négligence du RGPD. Cette décision montre les limites des régulations européennes face aux stratégies juridiques des entreprises, qui exploitent les failles procédurales.

Ce que ça pourrait changer

Malgré les condamnations répétées, les géants du numérique conservent une influence majeure et des profits records. Les mesures correctives imposées (comme des amendes ou des modifications mineures de produits) restent limitées et n’affectent pas leur modèle économique. Les procédures en appel et les stratégies de défense juridiques (comme les *dark patterns* ou les partenariats exclusifs) leur permettent de gagner du temps. Cependant, l’accumulation des poursuites et des verdicts pourrait, à terme, imposer des transformations profondes, comme ce fut le cas pour l’industrie du tabac. L’issue dépendra des décisions futures des tribunaux et de la capacité des régulateurs à faire appliquer les lois.

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