Pourquoi la probabilité d’une hausse du taux de la Banque du Canada a grimpé
La Banque du Canada pourrait mettre fin au statu quo dès le mois prochain, prédisent certains observateurs..
La Réserve fédérale américaine (Fed), la banque centrale des États-Unis, a mis fin à une période de trois ans sans augmenter ses taux d’intérêt en procédant à une hausse mercredi. Cette décision vise à limiter l’inflation qui s’accélère aux États-Unis. La Fed avait maintenu son taux directeur inchangé depuis plus de trois ans, une politique appelée statu quo. Cette hausse américaine influence directement les anticipations des marchés financiers, y compris ceux du Canada, car les politiques monétaires des grandes économies sont souvent liées. La Fed agit comme un baromètre pour les autres banques centrales, comme la Banque du Canada, qui observe attentivement ses mouvements pour ajuster sa propre stratégie.
La Banque du Canada maintient depuis près d’un an son taux directeur à 2,25 %, une décision prise pour la première fois en septembre 2026. Contrairement à la Fed, elle adopte une approche attentiste, attendant de voir comment l’économie et l’inflation réagiront aux différents chocs économiques. Avant chaque réunion de 2026, les marchés tablaient à 94 % sur un maintien des taux, comme lors de la décision du 2 septembre. Cependant, cette prudence pourrait changer avec les évolutions récentes. Le taux directeur est le taux d’intérêt fixé par une banque centrale pour les prêts qu’elle accorde aux banques commerciales, influençant ainsi tous les taux d’intérêt dans l’économie.
À quelques semaines de la prochaine réunion de la Banque du Canada, prévue le 28 octobre, les marchés financiers sont désormais divisés sur la possibilité d’une hausse des taux. Les probabilités ont fortement fluctué ces dernières semaines, mais penchaient légèrement en faveur d’une hausse jeudi après-midi. Ces anticipations sont mesurées à travers les cotes des marchés obligataires, qui reflètent le consensus des acteurs financiers sur les décisions futures de la banque centrale. Une cote est une estimation de la probabilité qu’un événement se produise, ici une hausse des taux, exprimée en pourcentage.
La probabilité d’une hausse des taux au Canada est influencée par la persistance des prix élevés de l’énergie, notamment du pétrole, en raison de la guerre en Iran. La Banque du Canada s’inquiète que ces prix restent élevés plus longtemps, ce qui pourrait alimenter l’inflation. Dans son résumé des délibérations du 2 septembre, elle a souligné que plus les prix de l’énergie restent élevés, plus le risque d’inflation augmente. L’inflation désigne la hausse générale et durable des prix des biens et services dans une économie, réduisant le pouvoir d’achat des consommateurs. Le pétrole est un intrant clé pour de nombreux secteurs, et sa hausse se répercute sur les coûts de production et les prix à la consommation.
Les anticipations des marchés concernant une future hausse des taux de la Banque du Canada se reflètent aussi dans les rendements obligataires à long terme. Ces rendements, qui représentent le taux de rendement d’une obligation, ont augmenté récemment en raison des inquiétudes sur la dette souveraine américaine et des répercussions sur les obligations canadiennes. Une hausse des rendements obligataires rend l’emprunt plus coûteux pour les Canadiens, notamment pour les prêts hypothécaires et les crédits à la consommation. Cela peut indirectement réduire la pression sur la Banque du Canada pour augmenter ses taux, car une partie du resserrement monétaire (politique visant à limiter l’inflation) est déjà mise en œuvre par les marchés.
Les économistes Claire Fan de la Banque Royale du Canada et Randall Bartlett de Desjardins s’attendent à ce que la Banque du Canada maintienne ses taux inchangés jusqu’à la fin de l’année 2026, avant d’envisager une hausse au premier trimestre de 2027. Cette attente repose sur un équilibre entre les risques d’inflation, liés notamment aux prix du pétrole, et les menaces pesant sur la croissance économique, comme une escalade des tensions commerciales avec les États-Unis. Une croissance plus faible peut tempérer l’inflation, permettant à la banque centrale de temporiser. La Banque du Canada publiera ses nouvelles perspectives économiques fin octobre, intégrant ces facteurs pour guider ses décisions futures.

