Les actes administratifs superfétatoires : caractéristiques et conséquences sur les recours. Par Camille Dire, Avocat.
Une décision superfétatoire est une décision inutile qui ne peut produire aucun effet. Etant insusceptible de faire grief, les recours à son encontre sont irrecevables (CE, 26 avril 2018, n° 410858).
Un acte administratif superfétatoire est un document officiel émis par une administration qui ne produit aucun effet juridique nouveau ou indépendant. Dans le droit administratif français, ces actes sont considérés comme insusceptibles de recours, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas faire l’objet d’un recours devant un tribunal administratif. La raison est simple : ils ne causent aucun préjudice aux personnes concernées, car ils se contentent de répéter ou de confirmer une décision déjà existante sans ajouter de valeur juridique. Par exemple, si une administration licencie un agent pour insuffisance professionnelle, puis émet un nouvel arrêté reprenant exactement les mêmes motifs, ce second document est superfétatoire car il ne change rien à la situation de l’agent. La jurisprudence française, depuis longtemps, considère que ces actes ne peuvent pas être contestés, car ils ne font pas grief (c’est-à-dire qu’ils ne causent aucun tort justifiant une action en justice).
Un recours en droit administratif désigne une demande formulée par une personne (un requérant) pour contester une décision administrative devant un tribunal. Cependant, si cette décision est jugée superfétatoire, le recours est déclaré irrecevable, c’est-à-dire que le tribunal refuse de l’examiner. Dans l’article, le requérant avait introduit deux recours distincts contre une décision de licenciement et un arrêté ultérieur reprenant les mêmes motifs. Le Tribunal administratif de Nice a rejeté les deux demandes, en précisant que l’arrêté était superfétatoire et donc irrecevable. Cela signifie que le tribunal a considéré que l’arrêté ne pouvait pas être contesté, car il ne produisait aucun effet juridique nouveau. Le requérant n’a pas fait appel de cette partie du jugement, ce qui a rendu la décision définitive sur ce point.
Un effet confirmatif désigne un acte administratif qui se contente de valider ou de répéter une décision déjà prise, sans y ajouter de nouvelle portée juridique. Dans l’affaire présentée, l’administration avait d’abord licencié un agent pour insuffisance professionnelle, puis avait émis un arrêté reprenant exactement les mêmes motifs. Cet arrêté avait donc un effet confirmatif : il ne faisait que réitérer la décision initiale sans la modifier. La Cour administrative d’appel de Marseille a rappelé que ce type d’acte est superfétatoire, car il ne crée aucun nouveau droit ou obligation. L’administration ne peut pas utiliser cet arrêté pour justifier son refus de réexaminer la situation de l’agent, car il n’a aucune valeur juridique propre.
Lorsque le Tribunal administratif ou la Cour administrative d’appel annule une décision administrative, l’administration est tenue de l’exécuter. Dans l’affaire, la Cour administrative d’appel de Marseille a annulé la décision de licenciement et enjoint à l’administration de réexaminer la situation de l’agent dans un délai de deux mois. Cependant, l’administration a tenté de justifier son inaction en invoquant la survie de l’arrêté confirmatif, qu’elle considérait comme toujours valable. Le requérant a alors demandé l’exécution de la décision d’annulation en se fondant sur les articles L911-4 et R921-5 du Code de justice administrative. La Cour a rappelé que l’arrêté confirmatif, étant superfétatoire, ne pouvait pas faire obstacle à l’exécution de l’annulation. L’administration a donc été contrainte de prendre une nouvelle décision, en abrogeant ou en modifiant l’arrêté si nécessaire.
Dans une procédure judiciaire, une décision devient *définitive* lorsqu’elle n’est plus susceptible d’appel ou de recours. Dans l’affaire, le Tribunal administratif de Nice avait jugé que l’arrêté confirmatif était superfétatoire et irrecevable. Le requérant n’a pas contesté cette partie du jugement, et l’administration non plus. Par conséquent, cette décision est devenue définitive pour les deux parties. Cela signifie que l’administration ne pouvait plus contester le caractère superfétatoire de l’arrêté, même si celui-ci restait en vigueur dans l’*ordonnancement juridique* (c’est-à-dire dans l’ensemble des textes administratifs et législatifs en vigueur). La Cour administrative d’appel a rappelé que l’administration ne pouvait plus se prévaloir de cet arrêté pour échapper à son obligation d’exécuter la décision d’annulation.

