L'antiracisme a-t-il fabriqué son propre retour de bâton ?
Dans son dernier essai, l’écrivain américain Thomas Chatterton Williams décrypte l’essor du "grand réveil woke", de l’ère Obama à son apogée en 2020 et la mort de George Floyd. Il analyse les ressorts de ce mouvement et le reflux conservateur provoqué par les attaques du Hamas du 7 octobre 2023..
Le 25 mai 2020, une vidéo de 9 minutes et 29 secondes montre la mort de George Floyd, un homme noir américain, lors de son interpellation par la police à Minneapolis. Un policier maintient son genou sur le cou de Floyd, qui meurt asphyxié. Cette vidéo, devenue virale, déclenche une vague de colère mondiale. Elle est considérée comme l’élément déclencheur des plus grandes manifestations contre le racisme de l’histoire, s’étendant des États-Unis à l’Europe, en passant par l’Asie. Ces événements marquent un tournant dans les débats sur les violences policières et les discriminations raciales.
Le terme woke (littéralement « éveillé » en anglais) désigne un mouvement social et politique né aux États-Unis, qui vise à lutter contre les discriminations systémiques, notamment raciales. Il s’est développé sous l’ère du président Barack Obama (2009-2017) et a atteint son apogée en 2020, après la mort de George Floyd. Le wokisme prône une prise de conscience des privilèges et des injustices, avec des revendications comme la diversité dans les entreprises, les universités ou les médias. Ce mouvement a aussi influencé les politiques publiques, notamment en matière de lutte contre les discriminations.
À partir de 2023, une contre-offensive conservatrice émerge aux États-Unis, s’appuyant sur le rejet du wokisme. Cette réaction est renforcée par les attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, qui divisent l’opinion publique. Les conservateurs, menés par des figures comme Donald Trump, accusent le mouvement woke d’être trop radical, de diviser la société et de nuire à l’unité nationale. En 2026, Trump, alors président, démantèle les politiques de diversité dans les administrations fédérales et les universités, symbolisant ce reflux.
Thomas Chatterton Williams, essayiste et journaliste américain, auteur de l’ouvrage L’Été de notre colère. L’avènement du dogmatisme identitaire (éditions Grasset, 2026), analyse ce phénomène. Selon lui, le wokisme a atteint un point de rupture en 2020, avec des excès perçus comme dogmatiques, notamment dans les universités et les médias. Il estime que ces excès ont provoqué un rejet massif, alimentant une polarisation accrue entre progressistes et conservateurs. Son livre explore les causes de cette radicalisation et ses conséquences sur le débat public.
En France, le débat sur l’antiracisme et le *wokisme* s’est aussi intensifié. Le mouvement a inspiré des initiatives locales, comme des formations à la diversité ou des chartes contre les discriminations dans les entreprises. Cependant, il a aussi suscité des critiques, notamment sur son approche jugée trop communautariste ou moralisatrice. Certains y voient une menace pour les valeurs républicaines d’universalisme, tandis que d’autres défendent son rôle dans la lutte contre les inégalités. Le reflux conservateur observé aux États-Unis influence aussi les discussions en Europe.

