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Un mariage La Poste–Orange est-il possible après l’acquisition de l’opérateur italien de télécommunication TIM par Poste Italiane ?

The Conversation France · mis à jour 30 sept.

L’ESSENTIEL L’entreprise publique Poste Italiane a mené une OPA sur TIM, ex Telecom Italia. En France, ce mariage peut donner des idées à La Poste et à Orange, ex-France Télécom.

Poste Italiane achète TIM

En mars 2026, l’entreprise publique italienne Poste Italiane a lancé une offre publique mixte d’achat et d’échange sur TIM (anciennement Telecom Italia), valorisant l’opérateur à environ 10,8 milliards d’euros. Cette opération vise à créer un groupe intégré couvrant le courrier, les services financiers, les télécommunications et le numérique. En France, cette fusion soulève la question d’un rapprochement similaire entre La Poste et Orange, recréant ainsi une structure proche des anciennes PTT (Postes Télégraphes et Téléphones), nationalisées avant 1991. La Poste et Orange sont deux géants français aux activités complémentaires : La Poste gère le courrier et les services bancaires, tandis qu’Orange domine les télécommunications. Leur fusion aurait un impact majeur sur les services essentiels du pays.

Différences Italie-France

En Italie, Poste Italiane détient déjà 20,1 % de TIM et cherche à intégrer ses activités (télécoms, énergie, assurances) pour créer des synergies. Par exemple, ses offres d’énergie sont distribuées dans les boutiques TIM, et des produits d’assurance de TIM sont vendus via Poste Italiane. La Poste française, elle, a vendu sa filiale Poste Telecom à Bouygues Telecom en 2024 et privilégie des partenariats plutôt qu’une prise de contrôle. La valeur d’Orange (44 milliards d’euros en 2025) est bien supérieure à celle de TIM (10,8 milliards), rendant une opération financière complexe pour La Poste, dont la trésorerie s’élève à 547 millions d’euros et la dette à 9,8 milliards.

Gouvernance et contrôle

En Italie, l’État conserve un contrôle majoritaire sur Poste Italiane (29,26 % directement et 35 % via la Cassa Depositi e Prestiti), tout en permettant une cotation en Bourse pour financer des acquisitions. En France, La Poste est entièrement publique, et l’État ne détient que 20,4 % d’Orange. Une fusion nécessiterait une réorganisation légale, car la loi de 1990 impose que le capital de La Poste reste public. De plus, un groupe combinant données postales, bancaires et numériques soulève des questions de concurrence et de protection des données. L’Autorité des marchés financiers (AMF) et les autorités de concurrence devraient valider une telle opération.

Financement et enjeux

Acquérir les 30 % d’Orange nécessaires pour en prendre le contrôle coûterait environ 13 milliards d’euros, un montant difficile à mobiliser pour La Poste avec ses ressources actuelles. Poste Italiane, elle, dispose d’une position financière nette de 5,6 milliards d’euros et d’une trésorerie de 1,6 milliard. La fusion franco-italienne illustre un retour de l’État stratège, gérant des infrastructures stratégiques pour des raisons de souveraineté. En France, la question n’est pas tant la faisabilité financière que la volonté politique de regrouper ces acteurs clés, malgré les risques et les coûts associés.

Ce que ça pourrait changer

Les fusions comme celle de *Poste Italiane* et *TIM* reflètent une tendance européenne : l’assouplissement des règles de concentration par Bruxelles et le retour des États dans des secteurs stratégiques. En France, une telle opération remettrait en cause près de 30 ans de privatisations, notamment celle d’Orange (ex-*France Télécom*) en 1997. L’État français, déjà actionnaire minoritaire d’Orange (20,4 %), pourrait jouer un rôle clé dans une éventuelle réorganisation, mais cela nécessiterait une refonte des cadres légaux et une justification des bénéfices en termes de souveraineté numérique et de service public.

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