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Ernest Hemingway a vécu au Canada il y a 100 ans, et il n’a pas été enchanté

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 16 j

Toronto accueille pour la première fois la conférence internationale de la Société Hemingway jusqu'au 25 juillet..

Hemingway à Toronto

En 1923, Ernest Hemingway, alors âgé de 20 ans, s’installe à Toronto pour la première fois, puis y revient en 1923 pour une période d’environ six mois entre fin 1923 et début 1924. Cette ville canadienne joue un rôle clé dans sa carrière, car c’est là qu’il passe du journalisme à la littérature. Pendant son séjour, il rédige près de 200 articles pour le Toronto Daily Star, couvrant des sujets variés comme la boxe, la pêche, la faune ou les conflits internationaux. Ces textes révèlent un Hemingway engagé, qui s’immerge dans la vie locale et y trouve une source d’inspiration. Cependant, ses lettres et écrits personnels montrent aussi une certaine frustration envers la ville, qu’il juge chère et conformiste, notamment à cause des contraintes professionnelles qui l’empêchent d’écrire comme il le souhaite.

Transition littéraire

Le séjour torontois de Hemingway marque une période charnière dans sa carrière. Ses articles pour le Toronto Daily Star commencent à intégrer une dimension autobiographique, annonçant le style unique qui caractérisera plus tard ses romans comme Le Soleil se lève aussi, L’Adieu aux armes ou Le Vieil homme et la mer. Irene Gammel, directrice du Centre de recherche sur la littérature et la culture modernes de l’Université métropolitaine de Toronto, souligne que cette transition est « absolument passionnante et reste encore à étudier ». Hemingway y expérimente aussi l’usage de pseudonymes, comme John Hadley (combinant le prénom de son fils et le nom de jeune fille de sa femme), pour publier davantage d’articles et augmenter ses revenus.

Critiques et contradictions

Malgré son engagement apparent, Hemingway exprime des critiques acerbes envers Toronto dans ses lettres et articles. Il se plaint notamment du coût de la vie, du conformisme ambiant et des contraintes professionnelles qui l’empêchent de se consacrer à l’écriture. Dans un article de 1924 intitulé The Freiburg Fedora, il raconte une altercation dans un tramway de la rue Queen, où deux passagères se moquent de son chapeau vert en le comparant à Red Ryan, un braqueur de banque recherché à l’époque. Hemingway y dépeint un personnage susceptible et provocateur, anticipe ainsi la complexité de ses futurs antihéros littéraires. Irene Gammel note que ces récits révèlent l’ambivalence du personnage, qui se montre sans fard, loin de l’image idéalisée qu’il cultivera plus tard.

Départ et héritage

En janvier 1924, après une dispute avec son rédacteur en chef, Hemingway quitte Toronto et rompt le bail de son appartement situé rue Bathurst. Il retourne à Paris, où il s’installe définitivement et développe sa carrière littéraire. Pourtant, affirmer qu’il détestait Toronto serait réducteur, selon Irene Gammel. En effet, il avait choisi de revenir dans la ville avec sa femme enceinte, ce qui suggère qu’il n’y était pas totalement hostile. De plus, ses critiques s’inscrivaient dans une stratégie plus large : Hemingway se présentait comme un rebelle littéraire, rejetant tout ce qui pouvait paraître conventionnel. Son passage à Toronto a malgré tout marqué la littérature canadienne, notamment à travers des œuvres comme Papa Hemingway de Gianna Patriarca ou La vie avant l’homme de Margaret Atwood.

Célébrations et mémoire

Pour célébrer le centenaire de son passage à Toronto, la ville organise jusqu’au 25 juillet une conférence internationale dédiée à Hemingway, réunissant plus de 200 spécialistes de son œuvre. Plusieurs événements grand public sont prévus, comme un souper-bénéfice marquant le 127e anniversaire de sa naissance au Chelsea Hotel, une soirée commémorant le centenaire de Le Soleil se lève aussi au Jazz Bistro, et une exposition à la Bibliothèque de référence de Toronto. Cette dernière présente notamment un exemplaire de 1924 du Toronto Daily Star contenant son dernier article pour le journal. Une plaque commémorative orne désormais l’immeuble où il a vécu, rue Bathurst, et les tramways circulent toujours sur la rue Queen, où s’est déroulée l’anecdote de son chapeau vert.

Ce que ça pourrait changer

Bien qu’Hemingway n’ait passé qu’un peu moins d’un an à Toronto, son influence sur la culture locale persiste. Irene Gammel souligne que son passage a « nourri la littérature canadienne », notamment à travers des amitiés comme celle avec Morley Callaghan, rencontré au *Toronto Daily Star* et devenu un proche avant de le rejoindre à Paris. Son séjour a aussi inspiré des œuvres ultérieures, comme le roman *We Were the Bullfighters* de Marianne K. Miller, qui revient sur ses années torontoises. Malgré cela, Gammel estime qu’il reste encore beaucoup à étudier sur son héritage dans la ville. Aujourd’hui, Hemingway est célébré comme une figure majeure de la littérature mondiale, mais son passage à Toronto, bien que bref, continue de fasciner les chercheurs et le public.

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