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Environnement

Budget 2027 : réduire le déficit au détriment du climat est un calcul risqué

Reporterre · mis à jour il y a 15 h

L'Assemblée nationale se penche sur l'examen du budget 2027 depuis le 13 octobre. Au centre des inquiétudes, l'envolée de la dette publique qui pousse le gouvernement à serrer la vis.

Budget 2027 et déficit

Le gouvernement français prépare le budget pour 2027 avec l'objectif principal de réduire le déficit public. Le déficit public correspond à la différence entre les dépenses et les recettes de l'État sur une année. Si les dépenses dépassent les recettes, l'État doit emprunter pour combler ce trou, ce qui alourdit la dette publique. En 2023, le déficit public français s'élevait à 5,5 % du produit intérieur brut (PIB), soit environ 154 milliards d'euros. Pour 2027, l'exécutif vise un déficit de 2,8 % du PIB, un objectif ambitieux qui implique des coupes budgétaires importantes. Cette réduction est justifiée par la nécessité de maîtriser la dette, qui atteint 112 % du PIB en 2023, un niveau parmi les plus élevés de la zone euro. Cependant, cette stratégie soulève des questions sur ses conséquences sociales et environnementales.

Impact sur les dépenses climatiques

Parmi les secteurs menacés par les coupes budgétaires, les dépenses liées à la transition écologique figurent en bonne place. Le gouvernement pourrait réduire de 20 à 30 % les financements dédiés aux politiques climatiques, selon des sources proches du dossier. Ces dépenses incluent notamment les subventions pour la rénovation énergétique des logements, les aides à l'achat de véhicules propres ou encore les investissements dans les énergies renouvelables. En 2023, la France a consacré 12 milliards d'euros à ces politiques, soit 0,5 % de son PIB. Une baisse de ces budgets mettrait en péril la réalisation des objectifs climatiques nationaux, comme la neutralité carbone d'ici 2050. De plus, cela pourrait entraîner des retards dans les projets d'infrastructures vertes, comme le développement des réseaux de transport en commun ou des bornes de recharge pour véhicules électriques.

Risques économiques et sociaux

Réduire les dépenses climatiques pour équilibrer le budget comporte des risques économiques et sociaux majeurs. D'abord, cela pourrait freiner la création d'emplois dans les secteurs verts, qui emploient déjà 450 000 personnes en France. Ensuite, cela risquerait d'aggraver les inégalités sociales, car les ménages les plus modestes sont souvent les plus touchés par la précarité énergétique. Par exemple, 3,5 millions de logements en France sont mal isolés, ce qui coûte cher en chauffage aux occupants. Enfin, cette stratégie pourrait nuire à la compétitivité de la France à long terme. Les pays qui investissent massivement dans la transition écologique, comme l'Allemagne ou les pays nordiques, pourraient prendre une longueur d'avance technologique et industrielle.

Alternatives et critiques

Des économistes et des associations environnementales critiquent cette approche et proposent des alternatives. Plutôt que de réduire les dépenses climatiques, ils suggèrent de réorienter les subventions néfastes à l'environnement, comme celles accordées aux énergies fossiles. En 2022, ces subventions s'élevaient à 11 milliards d'euros en France. Une autre piste serait d'augmenter les recettes de l'État en taxant davantage les activités polluantes, comme le propose la taxe carbone. Enfin, certains experts plaident pour une réforme fiscale plus large, visant à taxer davantage les plus aisés et les grandes entreprises, afin de préserver les budgets sociaux et environnementaux. Ces propositions s'inscrivent dans un débat plus large sur la soutenabilité de la dette publique et la justice fiscale.

Ce que ça pourrait changer

Ce débat s'inscrit dans un contexte politique et européen particulier. La France doit respecter les règles budgétaires de l'Union européenne, qui imposent un déficit maximal de 3 % du PIB à partir de 2024. Cependant, ces règles sont actuellement en cours de révision, et certains pays, comme l'Italie ou l'Espagne, poussent pour une plus grande flexibilité. Par ailleurs, les élections européennes de 2024 pourraient influencer les priorités du gouvernement français. Enfin, la transition écologique est un enjeu majeur de la politique climatique de l'UE, qui vise une réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030. Une baisse des dépenses climatiques en France pourrait donc isoler le pays sur la scène européenne et affaiblir sa position dans les négociations climatiques.

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