Sécheresse, canicules : faut-il s'inquiéter pour les arbres ?
Les sécheresses combinées aux canicules forcent les arbres à activer leurs mécanismes de survie. De plus en plus longues, intenses et fréquentes, elles peuvent les entrainer dans une « spirale de dépérissement ».
Les arbres en France subissent de plus en plus souvent des épisodes de sécheresse et de canicules intenses, comme en 2022 où 20 % des arbres forestiers ont montré des signes de dépérissement dans certaines régions. Ce phénomène, appelé stress hydrique, survient lorsque les arbres ne reçoivent pas assez d’eau pour assurer leur croissance et leur survie. Les racines absorbent moins d’eau que nécessaire, ce qui limite la photosynthèse, processus par lequel les arbres produisent leur nourriture à partir de la lumière du soleil. En période de canicule, la transpiration des feuilles s’intensifie, accélérant la perte d’eau et aggravant le stress. Les espèces les plus vulnérables incluent le hêtre, le chêne sessile et le sapin pectiné, déjà fragilisées par des décennies de gestion forestière intensive et de changement climatique.
Les canicules, définies comme des périodes de forte chaleur durant au moins trois jours consécutifs, deviennent plus fréquentes et plus intenses en Europe. En France, leur durée a augmenté de 50 % depuis les années 1980, avec des températures dépassant régulièrement les 40 °C dans le sud du pays. Ces vagues de chaleur perturbent le métabolisme des arbres en augmentant leur respiration, ce qui consomme une partie de leurs réserves énergétiques. Les arbres les plus exposés, comme ceux des forêts méditerranéennes, voient leur croissance ralentir de 30 % lors d’un épisode caniculaire. À long terme, ces conditions affaiblissent leur résistance aux maladies et aux parasites, comme les scolytes, des insectes qui profitent des arbres affaiblis pour pondre leurs œufs sous leur écorce.
Le dépérissement des forêts désigne un affaiblissement progressif des arbres, visible par un jaunissement des feuilles, une chute prématurée de celles-ci ou une mortalité accrue. En France, 10 % des forêts ont été touchées par ce phénomène entre 2018 et 2022, selon l’Office national des forêts (ONF). Les régions les plus affectées sont le Grand Est, la Nouvelle-Aquitaine et l’Occitanie, où les sols argileux et calcaires retiennent mal l’eau. Les forêts de résineux, comme celles de sapins ou d’épicéas, sont particulièrement vulnérables, car leurs aiguilles transpirent toute l’année. Ce dépérissement réduit la capacité des forêts à stocker du carbone, un rôle essentiel pour limiter le réchauffement climatique.
Les sols jouent un rôle clé dans la résistance des arbres à la sécheresse. Un sol profond et riche en matière organique retient mieux l’eau, tandis qu’un sol compacté ou appauvri par l’agriculture intensive limite l’accès des racines à l’eau. En France, 25 % des sols forestiers sont considérés comme dégradés, notamment en raison de l’utilisation de machines lourdes pour l’exploitation forestière. Les racines des arbres, qui s’étendent parfois sur plusieurs mètres de profondeur, doivent aussi faire face à la concurrence des autres plantes et à la baisse du niveau des nappes phréatiques. En 2023, 60 % des nappes phréatiques en France affichaient un niveau inférieur à la normale, selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).
Pour limiter les impacts du changement climatique sur les forêts, des stratégies d’adaptation sont mises en place. L’une d’elles consiste à diversifier les espèces plantées, en introduisant des arbres méditerranéens comme le chêne-liège ou le pin maritime dans des régions du nord de la France. Une autre approche est la gestion forestière *pro silva*, qui privilégie des coupes sélectives plutôt que des plantations massives, afin de préserver la résilience des écosystèmes. En Allemagne, des projets de reboisement avec des espèces résistantes à la sécheresse, comme le cèdre de l’Atlas, ont montré une amélioration de 15 % de la survie des jeunes plants après cinq ans. Cependant, ces mesures restent insuffisantes face à l’ampleur du réchauffement climatique, qui pourrait réduire de 50 % la surface forestière adaptée en Europe d’ici 2100, selon des projections de l’Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE).

