622 000 hectares brûlés en Europe : la carte inédite des incendies de cet été
Alors que la saison des feux est toujours en cours, l'Europe brûle de partout, le Nord n'étant désormais plus épargné. 622 819 hectares y ont déjà brûlé cette année.
L’été 2023 a été marqué par une saison d’incendies particulièrement intense en Europe, avec un total de 622 000 hectares de forêts et de zones naturelles ravagés par les flammes. Ce chiffre, issu des données collectées par le European Forest Fire Information System (EFFIS), représente une superficie équivalente à plus de 870 000 terrains de football. Les incendies ont touché principalement le sud de l’Europe, où les conditions climatiques, comme les vagues de chaleur et les sécheresses prolongées, ont favorisé leur propagation. L’EFFIS est un système d’information européen qui surveille en temps réel les feux de forêt et évalue leurs impacts en Europe et dans les pays riverains de la Méditerranée.
Pour la première fois, une carte interactive a été publiée par l’EFFIS, permettant de visualiser l’étendue des zones brûlées en Europe durant l’été 2023. Cette carte, accessible en ligne, superpose les données des incendies avec les frontières des pays et les types de végétation touchés. Elle révèle que les pays les plus affectés sont l’Espagne, le Portugal, la Grèce, l’Italie et la France, où des milliers d’hectares de pinèdes, de maquis et de garrigues ont été détruits. Les zones méditerranéennes, connues pour leur végétation dense et inflammable, concentrent une grande partie des dégâts, avec des incendies parfois difficiles à maîtriser en raison des vents violents et des températures élevées.
Les causes des incendies en Europe sont multiples, mais deux facteurs principaux se dégagent. D’une part, les conditions météorologiques extrêmes, comme les températures dépassant 40°C et les précipitations inférieures de 30 % à la moyenne saisonnière, ont créé un environnement propice aux départs de feu. D’autre part, l’activité humaine joue un rôle majeur : près de 90 % des incendies sont d’origine anthropique, qu’il s’agisse de négligences (barbecues, mégots de cigarette), d’actes volontaires (pyromanie, conflits fonciers) ou d’activités agricoles (brûlis non contrôlés). Les autorités locales et les services de secours soulignent l’importance de la prévention, notamment en période de risque maximal.
Les incendies ont des répercussions majeures sur les écosystèmes européens. En plus de la destruction de la végétation, ils entraînent une perte de biodiversité, avec la disparition d’espèces animales et végétales adaptées à ces milieux. Les sols, privés de leur couverture végétale, deviennent plus vulnérables à l’érosion et aux glissements de terrain, surtout en période de pluies intenses. Par ailleurs, la combustion de la biomasse libère d’importantes quantités de CO₂ dans l’atmosphère, contribuant ainsi au réchauffement climatique. Les forêts méditerranéennes, qui jouent un rôle clé dans la régulation du climat local, mettent plusieurs décennies à se reconstituer.
Face à l’ampleur des incendies, les pays européens ont mobilisé des moyens exceptionnels pour limiter les dégâts. En France, par exemple, plus de 10 000 pompiers ont été déployés en août 2023, avec le soutien de 2 000 militaires et de moyens aériens comme les Canadair. L’Union européenne a également activé son mécanisme de protection civile, permettant l’envoi de renforts depuis d’autres États membres. Malgré ces efforts, les retards dans la lutte contre les incendies ont parfois été critiqués, notamment en raison d’un manque de coordination entre les pays ou de ressources insuffisantes dans certaines régions.
Les experts s’accordent à dire que les incendies de grande ampleur deviendront plus fréquents à l’avenir en raison du changement climatique. Selon le *Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat* (GIEC), les vagues de chaleur et les sécheresses devraient s’intensifier dans les décennies à venir, augmentant ainsi le risque d’incendies. Pour y faire face, les stratégies de prévention et d’adaptation se multiplient, comme la création de zones tampons débroussaillées, l’amélioration des systèmes d’alerte précoce ou la promotion de pratiques agricoles moins risquées. Cependant, ces mesures nécessitent des investissements importants et une coopération transfrontalière renforcée.

