Notre paie s’appelle un « salaire », mais est-ce vraiment parce que les soldats romains étaient payés en sel ?
Un bas-relief en pierre représentant des soldats romains sur la colonne Trajane, à Rome. Rabax63 , CC BY L’ESSENTIEL Contrairement à une idée reçue, rien ne prouve que les soldats romains aient été payés en sel.
Le mot français salaire provient du latin salarium, qui désignait une somme d’argent versée à titre de rémunération. Ce terme est lui-même lié au mot latin sal, signifiant sel. Historiquement, le sel était une ressource précieuse dans l’Antiquité, notamment pour conserver les aliments, car il n’existait pas de réfrigération moderne. Cette utilité en faisait un bien stratégique, facile à transporter et à échanger. Cependant, l’article souligne qu’aucun document historique ne confirme l’idée selon laquelle les soldats romains auraient été payés directement en sel. Le lien entre salarium et sal reste donc incertain quant à son explication concrète, même si l’étymologie est avérée.
Les soldats romains étaient principalement rémunérés en pièces de monnaie, notamment en argent, et non en sel. Dès 405 avant notre ère, l’État romain a pris en charge le versement régulier de leur solde, appelée stipendium. Ce terme, qui a donné le mot moderne stipendier (signifiant corrompre), désignait une allocation versée en trois fois par an. Les frais liés à l’équipement, à la nourriture et même aux funérailles étaient déduits avant que le montant net ne soit versé aux soldats. Par exemple, sous Jules César vers 50 avant notre ère, le stipendium s’élevait à 225 deniers par an, une miche de pain coûtant jusqu’à un quart de denier. À la fin du IIᵉ siècle, cette somme avait atteint 600 deniers pour les légionnaires, les officiers percevant des montants bien supérieurs.
À partir du IIIᵉ siècle, l’inflation a poussé les soldats à réclamer une solde plus élevée, ce qui a conduit à l’ajout de primes appelées donativa. Ces primes, versées chaque année, renforçaient la loyauté des soldats envers l’empereur. Par exemple, l’empereur Septime Sévère (193–211) conseillait à ses fils de vivre en bonne intelligence, d’enrichir les soldats et de mépriser tous les autres hommes, illustrant l’importance de ces paiements pour maintenir la fidélité de l’armée. En plus de leur solde, les soldats bénéficiaient d’avantages comme une somme forfaitaire à la retraite, appelée praemia militiae, qui s’élevait à 3 000 deniers sous Auguste. Au IVᵉ siècle, une allocation spéciale, financée par l’annona militaris (un impôt dédié), couvrait leurs dépenses de nourriture et de vêtements.
Au IIIᵉ siècle, une crise de la monnaie d’argent a érodé la confiance des soldats dans sa valeur. Pour y remédier, l’empereur Constantin (306–337) a introduit une nouvelle pièce d’or, le solidus, pesant 4,5 grammes. Cette pièce a remplacé l’aureus (7,5 grammes) et est devenue la monnaie la plus fiable de l’Empire romain pendant un millénaire. Les soldats en ont été les principaux bénéficiaires. Bien qu’une hypothèse suggère que le mot soldat dérive de solidus, cette origine n’est pas prouvée. Le solidus a permis de stabiliser l’économie romaine et de restaurer la confiance dans les transactions militaires.
Bien que le sel ait été une denrée essentielle pour les soldats romains, notamment pour conserver les aliments et assurer leur approvisionnement en campagne, aucun texte historique ne confirme qu’ils aient été payés directement en sel. Le *salarium* (somme d’argent versée aux soldats) partage une étymologie commune avec *sal* (sel), mais cette relation ne repose pas sur des preuves tangibles de paiement en nature. Le sel était plutôt un bien stratégique utilisé dans l’administration romaine, comme en témoignent des mots dérivés comme *saline* (lieu d’extraction de sel) ou *salami* (charcuterie salée). Ainsi, l’idée d’un paiement en sel relève davantage d’une légende populaire que d’un fait historique avéré.

