Violences gynécologiques et obstétricales : documenter les mauvaises expériences de soin
C’est un phénomène massif et pourtant peu documenté jusqu’à présent : les violences sexuelles et sexistes dans le cadre de suivi gynécologiques. Que sait-on de ces violences qui s’exercent dans les cabinets de gynécologie ou pendant les accouchements et que peut-on mettre en place pour les éviter ?.
Les violences gynécologiques et obstétricales (VGO) désignent des actes ou comportements inappropriés, voire violents, subis par des personnes lors de consultations médicales liées à la gynécologie ou à l'accouchement. Ces violences peuvent prendre plusieurs formes : remarques humiliantes, gestes non consentis, examens réalisés sans explication préalable ou dans la douleur, ou encore un manque de considération pour les choix de la patiente. Selon la doctorante Lucile Faivre-Pierret, ces situations sont massives mais restent peu documentées en France. Les VGO surviennent aussi bien dans les cabinets de gynécologie que dans les salles de naissance, et touchent un large public, sans distinction d'âge ou de milieu social. Leur caractère systémique les rend particulièrement difficiles à identifier et à combattre, car elles s'inscrivent souvent dans des pratiques médicales normalisées.
Malgré leur fréquence, les violences gynécologiques et obstétricales sont un sujet encore peu exploré par la recherche en France. Lucile Faivre-Pierret, doctorante en sociologie à l'Ined (Institut national d'études démographiques) et à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, souligne que ces violences sont rarement étudiées de manière systématique. Les travaux existants s'appuient principalement sur des témoignages recueillis via des associations ou des plateformes en ligne, comme le site Paye Ta Shnek, qui recense les mauvaises expériences de soin. Ces données, bien que précieuses, restent fragmentaires et ne permettent pas d'établir une cartographie exhaustive du phénomène. Les VGO sont souvent minimisées, voire niées, en raison d'un manque de reconnaissance institutionnelle et d'outils de mesure adaptés.
Les violences gynécologiques et obstétricales ont des répercussions profondes sur la santé physique et mentale des personnes qui en sont victimes. Elles peuvent entraîner une perte de confiance envers le système de santé, une anxiété accrue lors des consultations médicales, voire un report ou un évitement des soins gynécologiques ou obstétricaux par peur de revivre une expérience traumatisante. Certaines victimes développent des symptômes de stress post-traumatique, comme des flashbacks ou des crises d'angoisse. Ces conséquences sont d'autant plus préoccupantes qu'elles touchent un domaine de la santé essentiel, lié à la reproduction, à la sexualité et à la maternité. Les VGO peuvent aussi aggraver les inégalités sociales en décourageant les personnes les plus vulnérables de consulter, par manque de ressources ou de soutien.
En France, les violences gynécologiques et obstétricales ne disposent pas d'un cadre légal spécifique pour les sanctionner. Elles peuvent être qualifiées de violences sexistes ou sexuelles si elles s'accompagnent d'un acte à caractère sexuel non consenti, mais leur reconnaissance reste difficile en l'absence de définition claire dans le Code pénal. Les victimes se heurtent souvent à un manque de preuves ou à une minimisation de leur parole par les professionnels de santé. Lucile Faivre-Pierret souligne que la formation des soignants, encore insuffisante sur ces questions, joue un rôle clé dans la persistance de ces violences. Des initiatives comme la Charte des droits des patientes ou les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) tentent d'encadrer les pratiques, mais leur application reste inégale.
Pour lutter contre les violences gynécologiques et obstétricales, plusieurs pistes sont envisagées. La première consiste à améliorer la formation des professionnels de santé, en intégrant des modules obligatoires sur le consentement, la communication non violente et la gestion de la douleur. La *Haute Autorité de Santé* (HAS) a déjà publié des recommandations pour promouvoir une approche plus respectueuse des patientes, mais leur mise en œuvre dépend des établissements et des praticiens. Une autre piste est le développement d'outils de signalement anonymes, comme la plateforme *Paye Ta Shnek*, qui permet aux victimes de partager leur expérience sans crainte de représailles. Enfin, une meilleure reconnaissance institutionnelle du phénomène, via des enquêtes épidémiologiques ou des campagnes de sensibilisation, pourrait contribuer à briser le silence autour de ces violences.

