Ainsi passaient les Amazones ... Avec Marine Kiesiel
Jusqu'au 14 février 2027, au Palais Galliera (Paris), une riche exposition, mêlant éléments de costume, photos et œuvres graphiques retracent la forme plus ostentatoire et fastueuse de la lutte féministe au tournant des XIXe et XXe siècle : celle du vêtement..
Jusqu’au 14 février 2027, le Palais Galliera à Paris présente l’exposition Un vestiaire à soi – Féminités dissidentes au XIXe siècle, conçue par Marine Kiesiel. Cette exposition explore comment des femmes ont utilisé le vêtement comme outil de contestation sociale à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Elle mêle costumes, photographies et œuvres graphiques pour illustrer cette révolution silencieuse, où le costume féminin s’est masculinisé pour briser les normes de genre. L’exposition s’inscrit dans le cadre d’une réflexion plus large sur l’histoire des féminités et des luttes pour l’émancipation.
Au XIXe siècle et jusqu’à la Première Guerre mondiale, les femmes françaises étaient cantonnées à trois rôles principaux : mère de famille, sainte ou prostituée. Si une femme souhaitait s’exprimer publiquement, elle devait souvent passer par la médiumnité ou une forme de mysticisme. Ce contexte social restrictif a poussé certaines femmes à chercher d’autres moyens de s’affirmer, notamment à travers leur apparence vestimentaire. Le vêtement est devenu un terrain de bataille pour contester ces normes et revendiquer une place dans l’espace public.
Pour rompre avec les attentes sociales, des femmes ont choisi de porter des vêtements traditionnellement masculins, comme la culotte ou le pantalon, défiant ainsi la séparation stricte entre les genres. Cette masculinisation du costume féminin a perturbé les repères sociaux et les mentalités de l’époque. Le port de la culotte, par exemple, était un acte subversif qui remettait en cause l’ordre établi. Cette révolution vestimentaire s’est accompagnée d’une volonté de prendre la parole et de s’engager dans des combats féministes, montrant que l’émancipation passait aussi par l’apparence.
L’exposition met en lumière plusieurs figures féminines qui ont incarné cette rébellion vestimentaire. Parmi elles, on trouve Rosa Bonheur, peintre célèbre pour ses représentations d’animaux et connue pour porter des vêtements masculins ; Nathalie Barney, poétesse et salonnière qui défendait les droits des femmes ; Rachilde, écrivaine et féministe ; l’archéologue Jane Dieulafoy ; et même la reine Marie-Antoinette, dont le portrait à cheval en habit masculin symbolise cette transgression des normes. Ces femmes ont utilisé leur image pour inspirer d’autres à suivre leur exemple.
L’exposition est structurée en plusieurs parties pour explorer cette contre-histoire du costume. Elle aborde notamment l’anglomanie et les emprunts au costume masculin, les femmes à cheval (Amazones), le pantalon caché sous la jupe, le port de la culotte et l’inspiration militaire. Chaque section illustre comment ces choix vestimentaires ont servi à affirmer une identité dissidente et à revendiquer une place dans la société. Les visiteurs peuvent ainsi découvrir comment le vêtement est devenu un langage politique et social.
L’article mentionne deux chroniques liées à des publications récentes. La première, L’Ange de la Révolte, explore la représentation de Satan dans les arts du XIXe siècle et est associée à une exposition au musée Thomas Henry de Cherbourg-en-Cotentin, ouverte jusqu’au 8 novembre 2026. La seconde chronique présente l’ouvrage Allures dissidentes – apparences queer & représentations de soi du 19e siècle à aujourd’hui, publié aux éditions Art&fiction. Ces deux publications élargissent la réflexion sur les représentations de genre et les luttes pour la visibilité des identités dissidentes.
Marine Kiesiel est l’historienne et commissaire d’exposition à l’origine de *Un vestiaire à soi*. Son travail consiste à retracer l’histoire des féminités dissidentes à travers le prisme du vêtement. En organisant cette exposition au Palais Galliera, elle met en lumière une période où le costume est devenu un outil de subversion et de libération. Son approche permet de comprendre comment les femmes ont utilisé l’apparence pour contester les normes sociales et politiques de leur époque.

