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Géopolitique

Le maire d’Izmir se rallie à Erdogan : “Ce lâche s’est courbé devant la menace”

Courrier International · mis à jour il y a 28 j

La volte-face du maire d’Izmir, bastion du kémalisme, s’inscrit dans une vague de répression politique inédite en Turquie. La plupart des élus d’opposition des grandes villes sont derrière les barreaux, et la peur incite les autres à rejoindre le camp du pouvoir, dénonce la presse critique..

Izmir bastion kémaliste

Izmir, troisième ville de Turquie avec 3,5 millions d'habitants, est traditionnellement un bastion du kémalisme, une idéologie fondée par Mustafa Kemal Atatürk, père de la Turquie moderne. Le kémalisme prône un État laïque, nationaliste et antireligieux, s'opposant aux valeurs islamo-conservatrices. En 2023, lors de l'élection présidentielle, 67 % des électeurs d'Izmir avaient voté contre Recep Tayyip Erdogan, président turc depuis 2003 et leader du parti islamo-nationaliste AKP. En 2024, la ville avait élu un maire d'opposition, Cemil Tugay, confirmant son ancrage dans l'opposition au pouvoir en place. Cette ville était donc perçue comme un symbole de résistance à Erdogan, ce qui lui valait le surnom moqueur de "Izmir l'infidèle" par les conservateurs turcs.

Ralliement surprise au pouvoir

Le 7 octobre 2026, Cemil Tugay, maire d'Izmir depuis 2024, a officiellement rejoint l'AKP, le parti d'Erdogan, en recevant sa carte de membre lors d'une cérémonie. Ce revirement politique marque un tournant majeur : Izmir, dirigée par l'opposition depuis 27 ans, est désormais gouvernée par la droite. Ce basculement s'inscrit dans une stratégie plus large du pouvoir turc, qui exerce une pression accrue sur l'opposition. La veille, le maire de Mersin, onzième ville du pays, avait été emprisonné sous des accusations de "corruption", une pratique devenue courante pour écarter les opposants. Ces arrestations et ralliements illustrent une vague de répression politique sans précédent en Turquie, où la plupart des grands maires d'opposition sont désormais derrière les barreaux.

Contexte de répression politique

La Turquie traverse une période de répression intense envers l'opposition, avec des élus locaux emprisonnés sous des prétextes judiciaires. Le parti d'Erdogan, l'AKP, renforce son emprise sur le pays, notamment à un an et demi de la prochaine élection présidentielle. Les observateurs soulignent que la peur pousse de nombreux responsables locaux à rejoindre le camp du pouvoir pour éviter des représailles. Le quotidien de gauche Birgün dénonce cette situation, affirmant que les villes comme Mersin refusent de renoncer à leur attachement à une "démocratie laïque et sociale". Les arrestations et les ralliements volontaires créent un climat de tension et de division au sein de la société turque.

Ce que ça pourrait changer

Le ralliement de Cemil Tugay à Erdogan a suscité des réactions contrastées. Les médias critiques y voient une preuve de la stratégie autoritaire du pouvoir, tandis que les partisans d'Erdogan saluent un geste de réalisme politique. Pour l'opposition, ce revirement symbolise la perte d'un bastion historique et la montée des pressions exercées par le gouvernement. Les observateurs notent que ce basculement pourrait affaiblir la résistance des villes turques face à la centralisation du pouvoir. À l'approche des élections, cette dynamique pourrait renforcer la position d'Erdogan, tout en alimentant les débats sur l'état de la démocratie en Turquie.

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