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Culture

« Digger » d’Alejandro González Iñárritu : Tom Crise

Trois Couleurs · mis à jour 30 sept.

Peut-on encore rire face à la catastrophe ? Comédie baroque sur fond de dérèglement climatique avec un Tom Cruise déchaîné, « Digger » pousse tous les curseurs à fond pour une expérience de ciné « too much » bizarre et passionnante. Le film de l’année qui va diviser..

Film baroque et satirique

Le film Digger, réalisé par Alejandro González Iñárritu, est présenté comme une comédie baroque qui aborde le dérèglement climatique à travers une satire acerbe. Le terme baroque désigne ici un style artistique marqué par l'excès, la surcharge décorative et une mise en scène théâtrale, visible dès les premières minutes du film. Iñárritu, connu pour des œuvres comme The Revenant ou Birdman, pousse les limites du réalisme en utilisant des éléments grotesques, comme une chambre surchargée rappelant 2001, l'Odyssée de l'espace, mais avec une esthétique rococo. Le film se veut une critique des excès du capitalisme et de l'individualisme, incarnés par le personnage principal, Digger Rockwell. Ce dernier, joué par Tom Cruise, est un magnat du pétrole arrogant et méprisant, dont le comportement absurde et cruel sert de cible à la satire. Le film divise par son approche radicale, mêlant humour noir et tragédie, pour interroger la société contemporaine.

Tom Cruise en personnage grotesque

Tom Cruise incarne Digger Rockwell, un personnage volontairement grotesque et repoussant. Vêtu d'un chapeau de cowboy, de santiags en croco et d'une chevelure hirsute, il représente l'archétype du capitaliste sans scrupules, obsédé par le profit et méprisant envers autrui. Le film utilise un maquillage outrancier et des accessoires exagérés pour accentuer son côté monstrueux. Un détail marquant est son chat, maintenu artificiellement en vie par des moyens technologiques, symbolisant sa cruauté et son déni de la nature. Cruise joue un rôle over the top, c'est-à-dire avec une intensité exagérée, rappelant des personnages de films comme Le Docteur Folamour de Stanley Kubrick, où la satire politique est poussée à l'extrême. Ce choix artistique vise à rendre le personnage aussi ridicule que détestable, tout en le rendant fascinant pour le spectateur.

Critique du capitalisme et de l'État

Le film s'attaque frontalement au capitalisme et à l'État américain, représentés de manière caricaturale. Digger Rockwell incarne les excès du capitalisme, avec son mépris pour l'environnement et les scientifiques, comme Riz Ahmed, qui joue un expert écœuré par l'irresponsabilité de Rockwell. Le film ridiculise également l'État-major américain, interprété par John Goodman dans un rôle comique et grotesque. La satire vise à montrer comment les puissants, aveuglés par leur soif de pouvoir et d'argent, ignorent les avertissements scientifiques sur les catastrophes naturelles imminentes. Cette critique s'inscrit dans un contexte de prise de conscience mondiale des enjeux climatiques, où le film questionne l'inaction des dirigeants face à l'urgence écologique. L'approche d'Iñárritu est délibérément grossière, utilisant des scènes de comédie pour mieux souligner l'absurdité de la situation.

Effet boomerang de la satire

L'un des aspects les plus marquants de Digger est son effet boomerang : le film commence comme une comédie grotesque, où le spectateur rit des excès du personnage principal, mais finit par remettre en question ce rire. Cette inversion progressive de la perception est un procédé artistique où la satire, poussée à l'extrême, finit par interroger le spectateur sur sa propre réaction. Le film utilise des techniques cinématographiques comme des angles de caméra déformants, des cadrages serrés et une musique dissonante pour créer une atmosphère oppressante. Vers la fin, le ton change radicalement : ce qui semblait absurde devient tragique, et le spectateur se retrouve face à son propre malaise. Ce retournement illustre la puissance du cinéma comme outil de réflexion, capable de provoquer une remise en question profonde, sans pour autant donner de réponses claires.

Ce que ça pourrait changer

Le style baroque du film se manifeste par une esthétique surchargée, des contrastes violents et une mise en scène théâtrale, où chaque élément visuel ou sonore semble calculé pour surprendre ou déstabiliser. Ce style, souvent associé à l'art du XVIIe siècle, est ici détourné pour servir une critique moderne. *Digger* joue sur les contradictions : c'est une comédie qui devient tragique, une satire qui se prend au sérieux, un film *too much* qui interroge l'utilité de l'art. Iñárritu pousse le spectateur à accepter l'incohérence et l'excès, tout en le confrontant à des questions existentielles. Le film ne cherche pas à offrir une vision cohérente du monde, mais plutôt à refléter son chaos et son absurdité. Cette approche artistique, bien que déroutante, en fait une œuvre unique, qui divise autant qu'elle fascine.

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