Quelle riposte après cet été d’enfer ?
Agir face au dérèglement climatique et s’adapter : chaque semaine, les pistes de la presse étrangère..
L’été 2026 en Europe a été marqué par des événements climatiques extrêmes sans précédent. Les vagues de chaleur ont persisté, avec des températures de l’air et de l’eau atteignant des records. Les incendies de forêt, notamment en Corse où un violent incendie a ravagé la commune de Biguglia près de Bastia fin juillet, ont été aggravés par des conditions météorologiques défavorables. Ces feux ont causé des milliers de déplacements de population et des milliers de morts en excès, estimés à au moins 35 000 en Europe pendant les canicules. Ces phénomènes, considérés comme extrêmes aujourd’hui, pourraient être perçus comme modérés d’ici quelques décennies, selon Johan Rockström, directeur de l’Institut de recherche de Potsdam sur l’impact climatique. Ces événements soulèvent des questions sur la capacité des sociétés à s’adapter et à répondre à l’urgence climatique.
Face à cette situation, la question de la riposte climatique se pose avec acuité. Johan Rockström souligne que réduire les émissions de gaz à effet de serre reste essentiel pour limiter l’ampleur des dégâts futurs, même si certains effets du changement climatique sont déjà irréversibles. Il rappelle que des solutions existent : transformation des systèmes énergétiques, sortie progressive des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), développement massif des énergies renouvelables, amélioration de l’efficacité énergétique et électrification d’une grande partie de l’économie. Ces transitions sont déjà en cours et deviennent économiquement viables, les énergies fossiles étant désormais plus chères que les énergies vertes. Les technologies vertes créent également des emplois et des revenus, rendant ces solutions plus attractives.
Face à l’ampleur des défis climatiques, certains acteurs politiques et médiatiques, comme l’éditorialiste conservateur britannique Allister Heath, prônent l’abandon de l’objectif de neutralité carbone, estimant que la lutte contre le changement climatique est perdue. Cependant, des voix comme celle du chroniqueur écologiste George Monbiot, dans The Guardian, invitent à ne pas céder au désespoir. Il affirme que le désespoir affaiblit la capacité d’action et que les responsables politiques financés par les géants des énergies fossiles cherchent à maintenir le statu quo. Monbiot rappelle que les solutions existent et que la transition énergétique est en marche, rendant le désespoir injustifié.
En parallèle de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’adaptation aux changements climatiques devient une priorité. Cela implique de repenser l’aménagement des villes pour éviter les îlots de chaleur urbains, par exemple en plantant des arbres adaptés ou en créant des espaces verts. Les campagnes doivent également être rendues plus résilientes face aux incendies de forêt, en modifiant les paysages et les pratiques agricoles. Ces mesures d’adaptation sont essentielles pour protéger les populations et les écosystèmes des effets déjà visibles du réchauffement climatique. Des initiatives comme les coolcations, qui consistent à privilégier des destinations plus fraîches ou à décaler ses vacances pour éviter les périodes de canicule, illustrent cette tendance à l’adaptation.
Un phénomène climatique naturel, El Niño, aggrave la situation en 2026. Ce phénomène cyclique, caractérisé par un réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique, devrait être exceptionnel cette année, avec une température moyenne supérieure de 3 °C par rapport à la moyenne. Selon le Met Office, le service météorologique britannique, cela contribuera à faire de 2027 l’une des années les plus chaudes de l’histoire. Bien que le changement climatique n’augmente pas la fréquence d’El Niño, ses conséquences risquent d’être plus extrêmes dans un monde en réchauffement. Ce phénomène rappelle l’importance de limiter le réchauffement global pour réduire l’intensité des événements climatiques extrêmes.
Le réchauffement climatique aggrave également les risques sanitaires, notamment en Afrique où le paludisme se propage. Une étude publiée dans Science et relayée par The New York Times révèle l’apparition de Anopheles stephensi, une espèce de moustique asiatique vectrice du paludisme, adaptée aux milieux urbains et résistante aux insecticides. Par ailleurs, une autre étude, parue dans Nature, montre que les zones de prévalence du paludisme se déplacent de l’Afrique de l’Ouest vers l’Afrique australe et l’Afrique de l’Est, où les infrastructures sanitaires nécessaires font défaut. Ces évolutions soulignent l’urgence d’adapter les systèmes de santé et de lutte contre les maladies vectorielles aux nouvelles réalités climatiques.
Certaines espèces d’arbres, comme les saules pleureurs et les peupliers, peuvent indirectement contribuer à la pollution atmosphérique en milieu urbain. Une étude de l’université Jinan à Canton, en Chine, a révélé que ces arbres émettent des composés organiques volatils (COV) qui, en réagissant avec les oxydes d’azote (NOx) issus du trafic routier et de l’industrie, forment de l’ozone, un gaz à fort effet de réchauffement. Les chercheurs ont été surpris de constater que la végétation urbaine joue un rôle bien plus important qu’on ne le pensait dans la pollution de l’air. Ce phénomène rappelle que les solutions d’adaptation, comme le reboisement urbain, doivent être soigneusement étudiées pour éviter des effets contre-productifs.

