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Comment fonctionne le Veoza, un médicament contre les symptômes de la ménopause ? Et en quoi est-il différent du traitement hormonal ?

The Conversation France · mis à jour il y a 20 j

L’ESSENTIEL Le Veoza est un nouveau médicament qui a montré une certaine efficacité contre les bouffées de chaleur liées à la ménopause. Parce qu'il agit au niveau du cerveau, sans recourir aux hormones, il pourrait constituer une alternative, ou un complément, au traitement hormonal de la ménopause.

Nouveau traitement non hormonal

Le Veoza (ou fézolinéant) est un médicament récent conçu pour atténuer les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes, symptômes fréquents de la ménopause. Contrairement aux traitements hormonaux classiques, il n’agit pas en compensant la baisse des hormones comme les œstrogènes, mais en bloquant un signal spécifique dans le cerveau. Cette approche non hormonale en fait une alternative pour les femmes qui ne peuvent pas ou ne veulent pas suivre un traitement hormonal substitutif (THM), notamment en cas d’effets secondaires ou de contre-indications médicales. En France, le Veoza est disponible sur prescription, mais il est actuellement sous surveillance renforcée par l’Agence nationale du médicament (ANSM) en raison de risques potentiels de lésions hépatiques graves. Ce médicament a été autorisé en Australie en mars 2024 et en Europe, mais son remboursement n’est pas systématique.

Mécanisme d'action détaillé

Pendant la ménopause, la diminution des œstrogènes perturbe la régulation de la température corporelle, contrôlée par une région du cerveau appelée hypothalamus. Celui-ci active alors un groupe de cellules nerveuses appelées neurones KNDy, qui libèrent une molécule appelée neurokinine B. Cette molécule stimule excessivement le système de régulation thermique, provoquant des bouffées de chaleur. Le Veoza agit en bloquant les récepteurs de la neurokinine B, empêchant ainsi ce signal de s’activer. Concrètement, il réduit l’activité excessive du système de régulation thermique, atténuant ainsi les symptômes vasomoteurs. Ce mécanisme explique pourquoi le Veoza cible spécifiquement les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes, sans agir sur d’autres symptômes de la ménopause comme la sécheresse vaginale ou les troubles de l’humeur.

Efficacité et résultats cliniques

L’efficacité du Veoza a été évaluée dans trois grandes études cliniques impliquant plus de 3 000 femmes souffrant de symptômes vasomoteurs modérés à sévères. Après trois mois de traitement, les résultats montrent une réduction significative des épisodes quotidiens de bouffées de chaleur ou de sueurs nocturnes. Par exemple, la fréquence est passée d’environ 10 à 12 épisodes par jour à 4 ou 5 pour les femmes sous Veoza, contre 6 ou 7 pour celles sous placebo. Une autre étude a également révélé une amélioration de la qualité du sommeil et de la qualité de vie chez les femmes ne pouvant pas suivre un traitement hormonal. Cependant, une étude menée en Asie de l’Est a montré qu’une dose plus faible (30 mg) n’était pas plus efficace qu’un placebo. Le Veoza ne fait donc pas disparaître complètement les symptômes, mais il les atténue de manière notable.

Effets secondaires et risques

Comme tout médicament, le Veoza peut provoquer des effets secondaires. Les plus fréquents incluent des maux de tête, des nausées, des douleurs abdominales et des insomnies. Des cas rares mais graves de lésions hépatiques ont également été rapportés, ce qui a conduit les autorités sanitaires à recommander un bilan hépatique avant le début du traitement, puis une surveillance régulière pendant les neuf premiers mois. En France, l’ANSM a mis le Veoza sous surveillance renforcée en 2025 en raison de ces risques. D’autres interactions médicamenteuses sont possibles, notamment avec certains antidépresseurs comme la fluvoxamine. Enfin, le Veoza n’a pas d’effet contraceptif, ce qui signifie que les femmes encore fertiles doivent utiliser une méthode de contraception complémentaire.

Comparaison avec le THM

Le traitement hormonal de la ménopause (THM) reste la solution la plus efficace pour soulager l’ensemble des symptômes liés à la baisse des œstrogènes, y compris les bouffées de chaleur, la sécheresse vaginale, les troubles de l’humeur et la perte de densité osseuse. Cependant, certaines femmes ne peuvent pas y recourir en raison d’effets secondaires ou de contre-indications, comme certains cancers hormonodépenants. Le Veoza, en agissant uniquement sur les symptômes vasomoteurs, est une alternative pour ces femmes. Il peut aussi être utilisé en complément du THM, mais cette association doit être discutée au cas par cas avec un médecin. Contrairement au THM, le Veoza ne protège pas contre la perte de densité osseuse ni ne traite les autres symptômes liés à la carence en œstrogènes.

Perspectives et innovations

Les essais cliniques ont confirmé l’efficacité du Veoza sur une période allant jusqu’à un an, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer son utilisation à long terme et son efficacité chez des patientes aux profils complexes. Un nouveau médicament, le Lynkuet (élinzanétant), a été autorisé en Australie en septembre 2025. Il agit sur deux récepteurs différents (NK1 et NK3) et semble présenter moins de risques pour le foie que le Veoza. Des essais cliniques sont également en cours pour évaluer l’efficacité du Veoza chez les hommes souffrant de bouffées de chaleur liées à un traitement contre le cancer de la prostate. Ces innovations pourraient élargir les options thérapeutiques disponibles pour traiter les symptômes vasomoteurs, tant chez les femmes que chez les hommes.

Coût et accessibilité

En Australie, le Veoza n’est pas pris en charge par le système public de remboursement des médicaments (PBS), ce qui signifie que les femmes doivent payer entre 75 et 80 dollars australiens par mois pour leur traitement. Aucune durée maximale de traitement n’est actuellement fixée. En France, le médicament est disponible sur prescription médicale, mais son remboursement dépend des conditions individuelles. Le coût et l’accessibilité peuvent donc varier selon les pays et les systèmes de santé. Cette question est particulièrement importante pour les femmes qui cherchent une alternative au traitement hormonal, mais qui doivent prendre en compte le budget nécessaire pour leur traitement.

Ce que ça pourrait changer

En raison des risques potentiels de lésions hépatiques, les autorités sanitaires recommandent un bilan hépatique avant de commencer le traitement par Veoza, puis une surveillance régulière pendant les neuf premiers mois. En France, l’ANSM a mis en place des recommandations spécifiques en 2025 pour renforcer la surveillance des patientes sous Veoza. Les femmes doivent être informées des symptômes évocateurs de problèmes hépatiques, tels que la fatigue, les démangeaisons, la jaunisse (ictère), les urines foncées, les selles claires, les nausées, les vomissements, la perte d’appétit ou les douleurs abdominales. En cas de symptômes, il est recommandé de consulter immédiatement un médecin. Ces mesures visent à garantir la sécurité des patientes tout en permettant l’accès à ce nouveau traitement.

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