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Pourquoi le PIB par habitant en Chine reste-t-il bas ?

The Conversation France · mis à jour 27 sept.

L’ESSENTIEL La Chine est la première puissance économique en parité de pouvoir d’achat et la deuxième en valeur nominale. Entre démographie, inégalités et dépendance à son secteur industriel, la République populaire de Chine garde un PIB par habitant beaucoup plus faible que la France.

Chine : puissance économique

En 2025, la Chine est la deuxième économie mondiale en valeur nominale avec un PIB de 17 368 milliards d’euros, derrière les États-Unis mais devant la France (2 981 milliards d’euros). En parité de pouvoir d’achat (PIB PPA), qui compare la richesse en tenant compte du coût de la vie, elle est même la première puissance mondiale avec 36 497 milliards d’euros. Pourtant, son PIB par habitant reste bien inférieur à celui de la France : 25 975 euros contre 58 651 euros en 2025. Le PIB par habitant est un indicateur qui divise la richesse totale d’un pays par le nombre d’habitants, mais il ne reflète pas les inégalités internes ni la qualité de vie réelle. La Chine, malgré sa taille, voit donc sa richesse moyenne par personne diluée par sa population nombreuse et ses disparités économiques.

Démographie : un frein majeur

Avec près de 1,4 milliard d’habitants, la Chine doit répartir sa richesse entre une population vingt fois plus nombreuse que celle de la France (69 millions). Depuis 2022, le pays fait face à un dividende démographique inversé : le nombre de décès dépasse désormais celui des naissances, et la population en âge de travailler diminue rapidement. Selon le Fonds monétaire international (FMI), cette évolution pourrait réduire la croissance économique annuelle du PIB par habitant de 0,5 à 1 point sur les deux prochaines décennies, sauf si des mesures comme l’automatisation ou une hausse de l’âge de la retraite sont mises en place. Le vieillissement accentue aussi les dépenses publiques, notamment pour les retraites, car un nombre réduit d’actifs doit financer une population inactive croissante.

Inégalités : un écart record

Le PIB par habitant est une moyenne qui masque des écarts considérables. En Chine, les inégalités de revenus sont comparables à celles des États-Unis et bien supérieures à celles de la France. Selon le World Inequality Lab, dirigé par Thomas Piketty, les 10 % des Chinois les plus riches captent 42 % du revenu national, tandis que la moitié la moins aisée n’en reçoit que 15 %. Le coefficient de Gini, un indicateur qui mesure les inégalités (0 = égalité parfaite, 100 = inégalité maximale), place la Chine à un niveau proche de celui des États-Unis, bien au-dessus de la France. Ces disparités réduisent le pouvoir d’achat moyen et limitent la consommation intérieure, freinant ainsi la croissance globale du pays.

Modèle industriel : des limites

L’économie chinoise repose encore largement sur l’industrie, les exportations et la construction, des secteurs qui génèrent moins de richesse par salarié que les services à forte valeur ajoutée comme la recherche, la finance ou le numérique. Une étude de McKinsey montre que pour produire un dollar de PIB, la Chine investit 70 % de capital productif en plus que les économies occidentales. Le secteur immobilier illustre ces déséquilibres : pendant près de vingt ans, il a représenté jusqu’à 30 % du PIB chinois. Cependant, la crise immobilière actuelle, marquée par des faillites comme celle d’Evergrande, pèse sur l’investissement, la consommation et la croissance. Les collectivités locales, dépendantes des ventes de terrains, voient aussi leurs finances locales paralysées, ce qui limite leur capacité à soutenir l’économie.

Exportations : un paradoxe

La Chine dépend fortement de ses exportations pour soutenir sa croissance, mais ce modèle a un effet limité sur le pouvoir d’achat domestique. Les subventions massives accordées à certaines industries prioritaires, comme l’électronique ou les équipements, permettent à la Chine de dominer le marché mondial, mais les bénéfices profitent surtout aux consommateurs étrangers. Par exemple, les exportations chinoises de smartphones ou d’ordinateurs soutiennent la demande en Europe ou aux États-Unis, sans nécessairement améliorer le niveau de vie des Chinois. Ce déséquilibre entre production pour l’export et consommation intérieure freine l’augmentation du PIB par habitant.

Ce que ça pourrait changer

Le PIB par habitant ne suffit pas à évaluer le développement d’un pays. L’*Indice de Développement Humain* (IDH), créé par l’économiste Amartya Sen, prend en compte des critères comme l’espérance de vie, l’éducation et le niveau de vie. En 2025, la France, avec un PIB par habitant en PPA inférieur à celui des États-Unis, affiche un IDH similaire grâce à ses services publics, son système de santé et son équilibre économique. La Chine, malgré sa puissance industrielle, pourrait améliorer son IDH en renforçant ses politiques sociales, son innovation et sa résilience face aux chocs économiques. L’enjeu pour elle est de transformer sa richesse produite en bien-être réel pour sa population.

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