Avant la dissolution de la Knesset, le “blitz législatif” de Benyamin Nétanyahou
La coalition du Premier ministre israélien a fait adopter, avant la dissolution du Parlement, une série de lois controversées sur la conscription des ultraorthodoxes, les médias ou la séparation entre hommes et femmes à l’université. De nombreux éditorialistes israéliens y voient une ultime tentative d’ancrer dans la loi les orientations conservatrices et illibérales du gouvernement avant les élections anticipées du 27 octobre..
Le Parlement israélien, appelé Knesset, a voté sa propre dissolution dans la nuit du jeudi 16 au vendredi 17 juillet 2026. Cette décision prendra effet le samedi 18 juillet, ce qui permettra d’organiser des élections législatives anticipées le dimanche 27 octobre 2026. Ce processus est une étape classique en Israël lorsque les partis au pouvoir ne parviennent plus à s’entendre sur des réformes ou des budgets, ou lorsque le Premier ministre souhaite renforcer sa légitimité par de nouvelles élections. La dissolution intervient après une série de votes controversés, marquant la fin d’une session parlementaire agitée et le début d’une campagne électorale intense.
Depuis le 4 janvier 2023, le gouvernement israélien, dirigé par Benyamin Nétanyahou, mène une réforme majeure du système judiciaire. Cette réforme, proposée par le ministre de la Justice Yariv Levin, vise à réduire les pouvoirs de la Cour suprême et à donner plus de contrôle au Parlement sur la nomination des juges. Elle suscite de vives critiques, notamment de la part de juristes et de citoyens qui y voient une atteinte à l’équilibre des pouvoirs et à l’État de droit. Les lois adoptées avant la dissolution du Parlement s’inscrivent dans cette continuité, renforçant les tensions entre le gouvernement et une partie de la société israélienne.
Parmi les textes adoptés avant la dissolution de la Knesset, une Loi fondamentale a été votée pour garantir le financement public de l’étude de la Torah, le texte sacré du judaïsme. Cette loi répond aux revendications des partis ultraorthodoxes, qui représentent une partie importante de la coalition au pouvoir. En Israël, l’État finance traditionnellement les institutions religieuses, y compris les yeshivot (écoles talmudiques) où les étudiants en Torah sont exemptés de service militaire. Cette mesure est perçue comme un geste politique pour sécuriser le soutien des partis ultraorthodoxes lors des prochaines élections.
Un autre texte controversé adopté avant la dissolution du Parlement concerne l’exemption de conscription militaire pour les hommes ultraorthodoxes. En Israël, le service militaire est obligatoire pour la plupart des citoyens, mais les étudiants en Torah bénéficient d’une exemption depuis la création de l’État en 1948. Ce privilège est de plus en plus contesté, car il crée des inégalités entre ceux qui servent dans l’armée de réserve (notamment les Juifs laïcs) et ceux qui en sont exemptés. La nouvelle loi, qui gèle temporairement les arrestations pour les réfractaires, a été critiquée comme une manœuvre politique pour obtenir le soutien des partis ultraorthodoxes, essentiels à la coalition de Nétanyahou.
Les élections législatives du 27 octobre 2026 s’annoncent comme un scrutin clé, où la question de l’exemption de conscription et des privilèges des ultraorthodoxes devrait dominer la campagne. Ces sujets divisent profondément la société israélienne, entre ceux qui défendent les traditions religieuses et ceux qui prônent l’égalité de tous les citoyens devant la loi. Le Premier ministre Benyamin Nétanyahou, dont la coalition dépend du soutien des partis ultraorthodoxes, utilise ces lois pour renforcer son alliance politique. Le débat reflète aussi les tensions entre laïcité et religion, un clivage central dans la politique israélienne depuis des décennies.
La loi sur l’exemption de conscription a été vivement critiquée par des médias israéliens comme le quotidien conservateur *Israel Hayom*, qui la qualifie de manœuvre politique pour diviser la société. Des voix s’élèvent pour dénoncer un « acte de divorce » entre le gouvernement et une partie de la population, notamment les réservistes et les laïcs qui assument leurs obligations militaires. Ces critiques soulignent que ces lois pourraient exacerber les tensions sociales et affaiblir la cohésion nationale, alors que le pays fait face à des défis sécuritaires et économiques majeurs.

