The little-known story of Saint Dié-des-Vosges’ humanist scholars who gave America its name
*Universal cosmography according to the Ptolemaic tradition and the surveys of Amerigo Vespucci among others*, Martin Waldseemüller, Strasbourg, 1507. Fourni par l'auteur KEY TAKEAWAYS The 37th International Geography Festival runs until October 4 in the north-eastern French town of Saint-Dié-des-Vosges.
Chaque année depuis 1990, le Festival International de Géographie (FIG) se tient à Saint-Dié-des-Vosges, une petite ville des montagnes des Vosges, dans le nord-est de la France. Cet événement commémore un moment historique : en 1507, des érudits locaux ont officiellement donné le nom America au nouveau continent, en hommage à l’explorateur florentin Amerigo Vespucci. Le festival attire des personnalités du monde entier pendant dix jours en octobre. Pourtant, malgré cette reconnaissance locale et internationale, la ville reste méconnue du grand public. Par exemple, la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis possède l’unique exemplaire connu de la carte mondiale de Martin Waldseemüller, mais elle l’attribue à Strasbourg plutôt qu’à Saint-Dié, effaçant ainsi le rôle central de cette ville dans l’histoire de l’Amérique.
Au début du XVIe siècle, Saint-Dié-des-Vosges abritait une communauté d’érudits humanistes appelée le Gymnase vosgien, soutenue par René II, duc de Lorraine et roi de Naples entre 1493 et 1508. Ce groupe travaillait sur une nouvelle édition de la Géographie de Ptolémée, un ouvrage antique de cartographie. René II, passionné par les expéditions maritimes portugaises et espagnoles, leur transmit une lettre d’Amerigo Vespucci datée du 4 septembre 1504, décrivant ses quatre voyages. Cette lettre, traduite en latin par Mathias Ringmann, fut intégrée dans l’ouvrage Cosmographiae Introductio (1507), publié avec une carte du monde réalisée par Martin Waldseemüller. C’est dans ce contexte que les humanistes décidèrent de nommer le nouveau continent America, en hommage à Vespucci, plutôt qu’Indias comme le suggérait Christophe Colomb.
Les membres du Gymnase vosgien n’étaient pas isolés : ils avaient étudié dans plusieurs villes européennes avant de s’installer à Saint-Dié. Par exemple, Nicolas Basin avait fréquenté l’Université de Bologne en Italie, Mathias Ringmann était passé par Heidelberg, Paris et Strasbourg en Allemagne et en France, tandis que Martin Waldseemüller avait étudié à Fribourg-en-Brisgau et avait des liens avec Strasbourg et Bâle. Cette mobilité reflète l’intégration de la Lorraine, région alors indépendante, dans les réseaux intellectuels européens. Les idées, les livres et les savants circulaient librement entre les principautés et les universités, favorisant les échanges scientifiques. René II, en soutenant ces travaux, montrait son intérêt pour les découvertes géographiques et les progrès de la navigation.
Le fils de René II, Antoine de Lorraine, devint duc en 1508 et poursuivit l’œuvre de son père. Sa bibliothèque, partiellement connue grâce à un inventaire, contenait des œuvres liées à l’élargissement des connaissances géographiques. On y trouvait notamment deux cartes de France, un Livre du compas de la navigation (un traité sur la navigation), une édition imprimée du Mondus novus de Vespucci, et un manuscrit intitulé La Navigation et découverte des Indes supérieures. Ce dernier texte peut être comparé à des récits d’explorateurs comme Antonio Pigafetta, qui participa au premier tour du monde de Magellan entre 1519 et 1522. Ces ouvrages illustrent comment les connaissances sur le nouveau continent se diffusaient en Europe au début du XVIe siècle.
En 1528, Antoine de Lorraine reçut un cadeau diplomatique de Charles Quint, empereur du Saint-Empire romain germanique et roi d’Espagne. Ce dernier lui offrit quatorze objets d’art aztèque, dont des boucliers en plumes, des armes et des textiles brodés d’or, en guise de bonne volonté politique. Ces artefacts provenaient des conquêtes espagnoles au Mexique, menées par Hernán Cortés, qui les avait envoyés à Charles Quint en 1519 pour obtenir son soutien. Albrecht Dürer, célèbre artiste allemand, les avait admirés lors d’un voyage aux Pays-Bas. Ce cadeau s’inscrivait dans un contexte de tensions politiques entre Charles Quint et les ducs de Lorraine, notamment sur le duché de Gueldre. En acceptant ces objets, Antoine de Lorraine renforçait ses liens avec l’empereur, tout en consolidant l’autonomie de son duché.
Le nom *America* attribué en 1507 à Saint-Dié-des-Vosges est aujourd’hui universellement connu, alors que la ville qui l’a popularisé reste méconnue. L’article souligne que cette histoire illustre l’importance des échanges intellectuels en Europe à la Renaissance, ainsi que le rôle des principautés régionales comme la Lorraine dans la diffusion des savoirs. Les travaux des humanistes de Saint-Dié, soutenus par les ducs de Lorraine, ont marqué l’histoire en officialisant un nom qui, quatre siècles plus tard, désigne un continent entier. Pourtant, malgré les efforts de commémoration comme le Festival International de Géographie, la ville peine à occuper la place qui lui revient dans la mémoire collective.

