Singapour veut planter un million d'arbres et prend de l'avance sur son plan de lutte contre la chaleur
La végétalisation de la cité-État doit rafraîchir l'air de 0,9 à 2,6 degrés, tout en réduisant le stress thermique. Singapour a déjà pris de l'avance sur son calendrier..
Singapour, une cité-État d'Asie du Sud-Est, a lancé en 2020 le mouvement OneMilionTrees avec pour objectif de planter un million d'arbres d'ici 2030. Cependant, grâce à des efforts accélérés, la ville estime pouvoir atteindre cet objectif dès 2027, soit trois ans plus tôt que prévu. Cette initiative s'inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre la chaleur urbaine, un enjeu majeur dans une ville où les températures et l'humidité sont élevées tout au long de l'année. L'autorité responsable de cette mission est le National Parks Board (NParks), l'organisme public chargé de la gestion des parcs nationaux à Singapour.
L'un des principaux objectifs de ce projet est de réduire la température ambiante de Singapour. Selon une étude allemande de 2015, citée dans le plan de lutte contre la chaleur urbaine de la ville, la plantation d'arbres pourrait permettre de rafraîchir l'air jusqu'à 2,6°C. Cette baisse de température s'explique par le rôle des arbres dans la régulation thermique : leurs feuilles libèrent de l'eau par transpiration, ce qui refroidit l'air environnant. Les espèces d'arbres choisies à Singapour sont sélectionnées pour leur feuillage dense et leur capacité à transpirer davantage, afin d'optimiser cet effet rafraîchissant. En pratique, l'ombre des arbres peut réduire la température de l'air de 0,8°C lors d'une après-midi d'été, et jusqu'à 3,1°C selon un indice mesurant le stress thermique, qui évalue l'impact de la chaleur sur le corps humain.
Outre le rafraîchissement direct de l'air, la plantation d'arbres à Singapour vise à réduire la consommation d'énergie liée à la climatisation. Une étude portant sur sept villes au climat chaud, dont Singapour, a montré que l'ombrage direct des bâtiments permet de diminuer l'utilisation des climatiseurs de 6 % à 9 % dans les villes humides. Dans les métropoles sèches comme Riyad ou Phoenix, cette réduction peut atteindre 17 %. Cependant, dans un climat humide comme celui de Singapour, l'humidité de l'air complique le fonctionnement des climatiseurs, car ceux-ci doivent également extraire l'humidité de l'air entrant avant de le refroidir. Ainsi, l'ombrage des arbres contribue à atténuer ce phénomène en limitant la chaleur accumulée dans les bâtiments.
Planter des arbres ne suffit pas : leur répartition doit être soigneusement étudiée pour maximiser leur efficacité. Une méta-analyse de 182 études a révélé que dans les climats humides, comme celui de Singapour, couvrir environ 40 % de la surface avec des arbres est la stratégie la plus efficace pour rafraîchir l'air. Au-delà de ce seuil, les gains deviennent négligeables, et une canopée trop dense peut même retenir la chaleur la nuit. De plus, une végétation mal répartie peut obstruer la circulation de l'air, réduisant ainsi son pouvoir rafraîchissant. Par conséquent, chaque rue doit faire l'objet d'une étude spécifique pour déterminer le nombre et le type d'arbres à planter, sans recourir à un plan générique.
Pour compenser le temps nécessaire à la croissance des arbres avant qu'ils ne fournissent une ombre efficace, Singapour mise sur une approche mixte. En plus de la plantation d'arbres, la ville développe des infrastructures ombragées comme des auvents, des passerelles couvertes ou des structures architecturales conçues pour offrir de l'ombre. Cette combinaison permet de créer des zones rafraîchies immédiatement, tout en préparant le terrain pour les arbres qui, une fois adultes, renforceront cet effet. Il n'existe pas de solution unique pour lutter contre la chaleur urbaine, mais l'ensemble de ces mesures, combinées, peut permettre de gagner quelques degrés et d'améliorer le confort des habitants.

