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Géopolitique

Avec son phosphate, Alger espère séduire Washington et concurrencer Rabat

Courrier International · mis à jour il y a 7 j

Fournisseur incontournable d’hydrocarbures, l’Algérie veut aussi se positionner sur la carte minière mondiale. Ajouté fin 2025 à la liste des minerais jugés essentiels à l’économie américaine, le phosphate fait partie de ses atouts en la matière..

L'Algérie mise sur le phosphate

L'Algérie, traditionnellement connue pour ses importantes réserves de pétrole et de gaz naturel, cherche désormais à diversifier son économie en développant son secteur minier. Fin 2025, le phosphate, une roche sédimentaire riche en phosphore, a été ajouté à la liste des minerais jugés essentiels pour l'économie américaine. Ce classement stratégique pourrait permettre à l'Algérie de se positionner comme un fournisseur alternatif sur le marché mondial, actuellement dominé par le Maroc, qui détient à lui seul 70 % des réserves mondiales de phosphate. Le pays mise sur cette ressource pour renforcer ses relations économiques avec les États-Unis et concurrencer son voisin marocain dans le secteur des engrais et des produits chimiques dérivés.

Contrats majeurs signés

Le 12 août 2026, la Sonatrach, l'entreprise publique algérienne spécialisée dans les hydrocarbures, a signé deux contrats majeurs pour développer son secteur phosphatier. Le premier contrat, d'un montant estimé à 500 millions d'euros, a été attribué à Saipem, une société italienne spécialisée dans les infrastructures énergétiques. Ce contrat prévoit la production annuelle de 3,2 millions de tonnes de phosphate concentré sur le site de Bled El Hadba (près de Tébessa), ainsi que la fabrication de 2,4 millions de tonnes d'engrais phosphatés et de 570 000 tonnes d'urée sur le site d'Oued El Keberit (près de Souk Ahras). Le second contrat, attribué à CHEC, une entreprise chinoise d'ingénierie portuaire, concerne la modernisation du port d'Annaba, sans que le montant n'ait été révélé.

Enjeux géopolitiques

L'intérêt des États-Unis pour le phosphate algérien s'inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques et de recherche de diversification des approvisionnements. Depuis fin 2025, le phosphate est considéré comme un minerai critique pour l'économie américaine, ce qui pourrait faciliter les échanges commerciaux entre Alger et Washington. Parallèlement, l'Algérie cherche à réduire sa dépendance économique vis-à-vis du Maroc, avec lequel les relations sont tendues, notamment en raison du conflit autour du Sahara occidental. En développant son secteur phosphatier, l'Algérie espère ainsi renforcer son influence régionale et attirer des investissements étrangers, tout en sécurisant des débouchés pour ses ressources naturelles.

Ce que ça pourrait changer

Malgré ces avancées, plusieurs défis persistent pour l'Algérie. La production et l'exportation de phosphate nécessitent des infrastructures adaptées, comme en témoigne le contrat de modernisation du port d'Annaba. De plus, le secteur doit faire face à une concurrence internationale féroce, notamment de la part du Maroc, qui domine déjà le marché. Enfin, la réussite de ce projet dépendra de la capacité de l'Algérie à attirer des investisseurs étrangers et à garantir la stabilité de ses chaînes d'approvisionnement. Si ces obstacles sont surmontés, le phosphate pourrait effectivement devenir un pilier économique pour le pays, à l'instar de ses hydrocarbures.

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