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Air Liaison, une compagnie qui a ignoré la police des airs

ICI Radio-Canada · mis à jour 25 sept.

Enquête dévoile les « très graves » violations réglementaires d’Air Liaison..

Évolution d'Air Liaison

En décembre 2023, Air Liaison, une compagnie aérienne québécoise, opérait uniquement avec de petits avions à hélices transportant moins de 39 passagers. Pour augmenter son efficacité et sa rentabilité, elle a souhaité utiliser des avions de taille moyenne, appelés CRJ, capables d’accueillir jusqu’à 50 passagers. Ces appareils, comme le CRJ200, offrent une vitesse de croisière de 850 km/h, contre 500 km/h pour les petits avions, permettant ainsi de réaliser deux allers-retours dans la journée avec le même équipage. Cette stratégie vise à réduire les coûts par passager, un enjeu crucial dans un secteur où les marges bénéficiaires sont très faibles. Le PDG de l’entreprise, Mathieu Gingras, a souligné l’importance de maximiser l’efficacité à tous les niveaux pour assurer la viabilité financière d’Air Liaison.

Licences manquantes

Pour exploiter des avions de taille moyenne comme les CRJ, Air Liaison devait obtenir une licence spécifique de l’Office des transports du Canada (OTC), un organisme régulateur. Cette licence impose des exigences strictes, notamment une assurance renforcée, une enquête financière approfondie et des normes de sécurité plus élevées. Cependant, en 2023, Air Liaison ne disposait pas de cette licence. Malgré plusieurs avertissements de l’OTC, la compagnie a continué à proposer des vols avec des CRJ, en sous-traitant ces opérations à une autre entreprise détenant la licence requise. Cette pratique n’était pas autorisée par l’OTC. Entre juillet et septembre 2023, au moins 13 vols ont été effectués en violation des règles, ce qui a conduit l’OTC à qualifier ces manquements de très graves et à imposer une amende de 65 000 $ à Air Liaison en septembre 2024.

Réaction d'Air Liaison

Air Liaison a rejeté les accusations portées contre elle, affirmant que les allégations du reportage étaient non fondées et que l’affaire relevait uniquement du cadre réglementaire, sans lien avec la sécurité des passagers. La compagnie a également souligné qu’elle respectait les conditions imposées par l’OTC après avoir signé une entente avec cet organisme en 2024, lui permettant désormais de transporter jusqu’à 39 passagers dans un CRJ. Cependant, elle ne peut pas remplir ces avions à leur capacité maximale. Air Liaison a aussi contesté la résiliation de son contrat avec le Programme d’accès aérien aux régions (PAAR), un fonds public québécois, après que des fausses déclarations aient été détectées à 844 reprises dans ses rapports. La Cour supérieure a provisoirement suspendu cette exclusion en août 2025, le temps d’un procès.

Monopole en Basse-Côte-Nord

Depuis 2023, Air Liaison bénéficiait d’un monopole de facto en Basse-Côte-Nord, une région isolée du Québec sans accès routier. Cette situation résultait de contrats médicaux attribués par Santé Québec Côte-Nord, qui organise les déplacements de patients et d’urgence dans la région. Entre 2019 et 2025, trois contrats majeurs totalisant 32 millions de dollars ont été accordés à des entreprises appartenant à Mathieu Gingras, le PDG d’Air Liaison. Ces contrats incluaient des vols médicaux, des évacuations d’urgence et des déplacements en hélicoptère. Air Liaison a remporté ces appels d’offres en étant le plus bas soumissionnaire, avec des écarts de prix importants par rapport à ses concurrents, comme un écart de près de 10 millions de dollars pour un contrat de 22 millions de dollars.

Impact des contrats médicaux

Les contrats médicaux attribués par Santé Québec Côte-Nord ont un impact majeur sur l’organisation du transport aérien en Basse-Côte-Nord. En 2024, plus de 7 000 vols médicaux ont été réalisés dans cette région, où les patients et les voyageurs réguliers utilisent souvent les mêmes appareils. Pour le contrat de 22 millions de dollars, au moins cinq places par vol sont réservées en priorité aux patients. Jean-François Miron, PDG de Santé Québec Côte-Nord, a reconnu que ces contrats influencent la création d’un monopole et que la situation ne satisfait pas tous les résidents, qui critiquent le service, la fiabilité et les prix des billets d’Air Liaison. Santé Québec Côte-Nord a annoncé qu’elle consulterait des experts en aviation pour rédiger de futurs appels d’offres, afin d’éviter de reproduire cette situation.

Ce que ça pourrait changer

Les habitants de la Basse-Côte-Nord, une région aux conditions météorologiques extrêmes, n’ont souvent qu’une seule option pour leurs déplacements aériens : Air Liaison. La compagnie a reconnu avoir augmenté ses prix pour suivre l’inflation, mais a attribué les retards et les annulations de vols aux défis liés à la météo. Yves Côté, directeur des affaires chez Air Liaison, a déclaré que les résidents devaient accepter les contraintes liées à la vie dans cette région s’ils souhaitaient des vols réguliers. Mehran Ebrahimi, expert en aéronautique, a qualifié Air Liaison de *compagnie voyou* en raison de ses manquements répétés aux règles, soulignant que l’ignorance des réglementations dans un domaine peut indiquer une négligence globale. Jacques Roy, professeur à HEC Montréal, a proposé d’intégrer des critères qualitatifs dans les appels d’offres, comme la réputation et la sécurité, avant de considérer le prix.

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