La pénurie de main-d’œuvre, grande oubliée de la campagne électorale
Aucun parti ne peut se revendiquer comme celui de l’économie sans proposition sérieuse en la matière..
Lors de la campagne électorale de 2026 au Québec, les partis politiques ont largement abordé des sujets économiques comme la fiscalité, la réglementation ou les infrastructures, mais ont négligé un enjeu majeur : la pénurie de main-d’œuvre. Pourtant, ce problème est identifié comme un risque majeur pour la réalisation de leurs promesses, car sans travailleurs, les investissements et projets industriels ne peuvent être menés à bien. Les chefs d’entreprise s’interrogent sur l’absence de ce thème dans les débats, alors que les besoins en personnel qualifié sont criants et pourraient compromettre la croissance économique régionale.
Le vieillissement de la population au Québec est un phénomène connu depuis des années et constitue la cause principale de la pénurie de main-d’œuvre. Selon les projections du ministère de l’Emploi, le Québec devra pourvoir 1,3 million d’emplois entre 2025 et 2034 en raison de la croissance économique et des départs à la retraite. Parallèlement, la population en âge de travailler devrait diminuer de 200 000 personnes entre 2025 et 2030. Aujourd’hui, on dénombre déjà 120 000 postes vacants dans la province, ce qui illustre l’urgence de la situation. Ce déséquilibre démographique menace la capacité des entreprises à recruter et à innover.
L’intelligence artificielle (IA) et l’automatisation sont souvent présentées comme des solutions pour pallier le manque de main-d’œuvre. Cependant, ces technologies ne peuvent résoudre qu’une partie du problème. Elles permettent d’optimiser certaines tâches ou de réduire les besoins en personnel pour des postes répétitifs, mais ne remplacent pas entièrement la main-d’œuvre qualifiée nécessaire pour des rôles complexes ou nécessitant une expertise humaine. Ainsi, ces outils ne suffisent pas à combler le déficit de travailleurs dans de nombreux secteurs.
Le Conseil du patronat du Québec (CPQ), une organisation représentant les employeurs, propose une stratégie intégrée pour atténuer la pénurie de main-d’œuvre. Parmi les mesures suggérées figurent l’amélioration de l’arrimage entre la formation professionnelle et les besoins des entreprises, afin que les compétences acquises correspondent aux postes disponibles. Il est également question de mieux maintenir en poste les travailleurs expérimentés, par exemple en adaptant les conditions de travail ou en offrant des formations continues. L’intégration des jeunes et des personnes éloignées du marché du travail, ainsi qu’une immigration économique ciblée, sont aussi des pistes envisagées pour répondre aux besoins immédiats de l’économie.
Les entreprises québécoises, représentées par des dirigeants comme ceux de la Banque Nationale, Airbus Canada ou Domtar, soulignent que la main-d’œuvre est un **actif stratégique** pour l’économie. Sans une main-d’œuvre suffisante, les investissements promis par les partis politiques risquent de ne pas porter leurs fruits, car les projets industriels et les services essentiels ne pourront être réalisés. Les chefs d’entreprise insistent sur le fait qu’aucun parti ne peut se revendiquer pro-économie sans une politique claire en matière de recrutement et de rétention des travailleurs. Cet enjeu doit sortir de l’**angle mort** de la campagne électorale pour être pris au sérieux.

