« Le diable se niche dans les détails » : les zones d'ombre du chantier de l'A412
Militants et associations ont relevé de nombreux points d'interrogation sur la légalité du chantier de l'A412 et de la procédure qui l'a précédé. Plusieurs recours ont été lancés contre ce chantier qualifié de « massacre ».
L’A412 est un projet d’autoroute payante de 16,5 km en Haute-Savoie, devant relier les communes de Machilly et Thonon-les-Bains. Son emprise totale couvre environ 180 hectares, dont une grande partie traverse des forêts et des zones agricoles. Les travaux ont débuté début septembre 2026, avec un déboisement massif de parcelles forestières, notamment à Allinges et Bons-en-Chablais. Le chantier est mené par Amedea, une filiale du groupe Eiffage, un géant français du BTP. Une déclaration d’utilité publique (DUP) de 2019 encadre ce projet, permettant l’expropriation des terrains concernés. Cependant, le processus soulève des controverses, notamment sur la légalité des méthodes employées et le respect des procédures administratives.
Les travaux de déboisement ont commencé début septembre 2026 et doivent s’achever avant le 31 octobre 2026, selon une autorisation environnementale délivrée le 28 août 2026 par le préfet de Haute-Savoie. Cette autorisation fixe une période stricte pour les opérations de déboisement, entre le 1er septembre et le 31 octobre. Cependant, des militants et associations dénoncent un rythme accéléré des travaux, avec des abattages d’arbres massifs et méthodiques, parfois accompagnés de tensions avec les forces de l’ordre. Selon les opposants, onze personnes ont déjà été placées en garde à vue depuis le début du chantier. Les militants surveillent quotidiennement les avancées pour documenter d’éventuelles irrégularités.
Le projet de l’A412 implique l’expropriation de près de 180 hectares de terrains, dont une centaine de parcelles privées sont encore en phase d’acquisition par Amedea. L’entreprise reconnaît avoir acquis 1 300 parcelles, mais admet que certaines expropriations sont toujours en cours. Une autorisation administrative d’occupation temporaire (AOAT) permet à Amedea d’effectuer des travaux préparatoires en attendant l’achèvement des expropriations. Cependant, des avocats et militants contestent cette pratique, soulignant que le déboisement de parcelles où l’expropriation n’est pas finalisée prive les propriétaires de leurs droits. Un juge de l’expropriation doit en effet évaluer la valeur du terrain avant de valider sa prise de possession. Le déboisement prématuré pourrait ainsi fausser cette évaluation et priver les propriétaires de compensations équitables.
L’étude d’impact environnemental, réalisée par Amedea pour obtenir l’autorisation de construire l’autoroute, est vivement critiquée par plusieurs associations, dont France Nature Environnement (FNE) 74, la Confédération paysanne, et des groupements agricoles. Ces derniers attaquent en justice l’autorisation environnementale du 28 août 2026, estimant que l’étude est insuffisante. Le tracé de l’A412 traverse en effet des zones à haute valeur écologique, comme une zone Natura 2000 (réseau européen de sites naturels protégés), des Znieff (zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique) de type 1 et 2, et des secteurs protégés par des arrêtés de protection de biotope. Certaines espèces protégées présentes sur le tracé n’auraient pas été mentionnées dans l’étude, ce qui remet en cause la légalité de la dérogation pour destruction d’espèces protégées.
Entre l’étude d’impact initiale de 2018 et l’étude environnementale de 2026 ayant conduit à l’autorisation de la préfecture, l’emprise totale du chantier a été étendue. Elle passe de 126 hectares en 2018 à 177 hectares en 2026, soit une augmentation de 51 hectares. Parmi ces nouveaux hectares, 20 concernent des zones humides, des écosystèmes particulièrement fragiles. Les militants pointent également un cas de dépassement d’emprise récurrent : 56 hectares sont théoriquement « susceptibles » d’être restitués après les travaux, mais les opposants craignent que ces zones ne retrouvent jamais leur fonction écologique initiale. Cette pratique a déjà été documentée sur d’autres projets autoroutiers, comme l’A69 entre Toulouse et Castres. Amedea n’a pas répondu aux questions sur ce sujet.
Plusieurs associations, groupements agricoles et riverains ont lancé des recours juridiques contre le chantier de l’A412. Parmi eux figurent FNE 74, la Confédération paysanne, Acpat (Association de concertation et de proposition pour l’aménagement et les transports), la Ligue pour la protection des oiseaux, Les Amis de la Terre 74, Attac, ainsi que des coopératives laitières productrices de *reblochon AOC*. Ces acteurs demandent notamment la suspension de l’autorisation environnementale, invoquant des insuffisances dans l’étude d’impact et des irrégularités dans les procédures d’expropriation. Les militants dénoncent également un déploiement disproportionné de gendarmes pour encadrer les travaux, avec des contrôles d’identité et des gardes à vue, ce qui crée une atmosphère de tension sur les sites de chantier.

